La tricherie! Et dans nos écoles?  

Mai 2009.  

Introduction

Nous vivons ces temps-ci, l’époque de grandes malhonnêtetés et de manques de probité et d’intégrité, tant en Haïti qu’à travers le reste du monde. Nous n’avons qu’à lire les journaux sportifs ; faire l’histoire des olympiades ; des coupes du monde de football, d’athlétisme, de cyclisme et autres sports ; pour être au parfum des grands dossiers concernant le dopage. A tout point de vue et à toutes les dimensions, il semble que l’homme s’oublie et oublie les principes établis, ou il ignore, du moins choisit d’ignorer les normes. Ainsi, à travers le monde, quand nous fixons notre attention sur des personnalités souvent célèbres et auréolées de gloire et de laurier, nous sommes la plupart du temps déçus de connaître leur passé et la façon dont elles ont eu tant de fleurs et d’opulence. Ce constat n’est pas inédit sur le plan intellectuel. La liste des tricheurs ne fait qu’augmenter de jour en jour, car dit-on, on refuse de jouer selon les règles du jeu. Voulant ne pas laisser le mot comme un concept relatif et à la merci de la vision du monde de chaque observateur, nous précisons avec standardisation, suivant des dictionnaires simples ou complexes, pourquoi pas d’auteurs différents, que la tricherie est une violation des règles (sport, jeu, épreuve ou examen) ; un acte ou propos trompeur, dirait mensonger ; une fraude et une malhonnêteté d’ordre moral ou intellectuel. Voyons, ce problème, tant universel qu’il soit, fait rage à travers les écoles en Haïti. Proposons-nous donc d’explorer le problème dans un cadre un peu concret et de manière compatible à la vraie réalité.

 

I-                   Constats (aspect d’étude sur le terrain)

Le problème de tricherie est très complexe au niveau de l’école et trouve un terrain fertile suivant la façon dont le système scolaire est organisé d’une manière générale, et les visions/missions de chaque institution en particulier. Voyons comment le problème s’impose dans quelques dimensions de la structure scolaire :

a)      L’organisation des examens internes

« J’ai été superviser mes examens de littérature à une école où je travaille, je me rends compte que j’étais rapidement la cible de chaque élève de toutes les salles d’examen et la risée de certains surveillants. Je suis allé analyser le problème en profondeur, conscient que je n’ai posé de problème à aucun camarade de travail, je finis par constater que c’est la structure même de l’école qui est malade, car une politique de laisser-faire est la règle du jeu ». Nous aborderons plus tard le problème des collègues tandis que nous allons consacrer ces quelques lignes à traiter ce que nous avons constaté du coté des élèves. Dans chaque salle d’examen, il y avait une tête de pont, un élève qui est capable de rédiger même partiellement le texte, de qui dépend tout le reste de la salle. Animé comme un « marché », pas un supermarché moderne bien entendu, tous les élèves, sans gêne aucune, se mettent à chuinter, comme s’il s’agissait d’une salle à chouettes ou d’une « coumbite ». Ils communiquent et ceci, sans fierté ni autonomie dirait, sans conviction, ayant l’air d’être à tout aise ! Ils n’ont aucune pression, ni répression dans ladite situation. C’est ainsi qu’ils passent et cumulent des notes ; sans oublier de mentionner, qu’ils promettent en des classes supérieures, parfois avec de fortes moyennes arithmétiques. Qui pis est, le superviseur qui essaye de freiner leur essor se fait des ennemis et est objet de plein de menaces, soit directement ou indirectement. Suivant le milieu qu’il fréquente, il est susceptible d’être mutilé, bastonné par des inconnus dirigés par ces types d’élèves tricheurs.

b)      Le plagiat dans les devoirs de maison

Il est coutume de constater sur la cour ou dans certaines salles des élèves qui font de la niche. Ils s’entendent comme s’il s’agissait d’une noble et bonne cause. La question qui nous vient et revient sitôt et constamment à l’esprit est : Que font-ils ? Le pourquoi de cette entente même simultanée. La réponse n’est que la rédaction du/des devoir(s) à remettre aujourd’hui, d’il y a au moins huit jours. Ils s’amusent à polycopier le devoir d’un autre qui leur est très généreux (aussi malhonnête qu’eux !) en vue de se débarrasser de ce professeur bon à rien, dépourvu de responsabilité qui les taquine. Ils le font ouvertement, sous le regard complice des administrateurs qui ne s’occupent que de la vente des feuilles de mise-au-net, capable d’agrandir la recette économique de l’Institution. Un autre aspect assez intéressant du constat est le côté du traitement de texte. Les élèves, dans les devoirs, ne font que cet exercice informatique copy/paste, sans jugement, ni critique, ni sélection, ils copient. Nous trouvons à ce niveau des textes truffés de contradiction, dépourvu d’intelligence : Ils sont piètres

c)      Les évaluations formatives.

Pouvons-nous dire qu’il est impossible d’organiser des évaluations formatives. Après les cours, dans ce contexte où les élèves sont entassés, et le problème d’intégrité multidimensionnelle, les professeurs ont toutes les peines du monde à jauger avec justesse et discipline les apprenants. Alors là, certains préfèrent de passer les cours sans savoir en réalité si les objectifs sont atteints ; d’autres sont devenus des bêtes noires en essayant tant soit peu de créer un climat propice à l’évaluation. Ce qui débouche sur des résultats catastrophiques en termes de performance, quand nous considérons l’essor de la tricherie et son itinéraire, qui génère automatiquement des élèves de qualité trop médiocre pour appréhender de nouveaux concepts ou des notions scientifiques.

d)      Côté baccalauréat.

Nul n’est censé ignorer que le baccalauréat est l’épreuve officielle de l’Etat haïtien, sanctionnant particulièrement la fin des études classiques. Suivant que nous venons d’exposer la façon dont certaines écoles s’organisent, on doit se faire rapidement des idées de la qualité des candidats aux examens de baccalauréat. Les résultats en très faible pourcentage de réussite chaque année en témoignent. Tout d’abord, la mentalité de dépendance s’oriente rapidement à ce que le jargon haïtien appelle « bible[1] ». Ce qui nous impressionne le plus c’est qu’il y a des personnes qui profitent de ce déclin pour créer fortune. Elles préparent ces petits carnets et les vendent à chaque période d’organisation d’examens officiels à proximité des centres d’examen, sous le regard complice des autorités étatiques, chargées de sécuriser le déroulement des examens. La plupart du temps, le surveillant qui ose enlever ce document messianique est passible d’être torturé, voire fusillé suivant l’endroit où se trouve le centre d’examen (si c’est un endroit très populaire où se développe le phénomène de « chimères »).

Un autre aspect assez pertinent et intéressant dans le système est ce que l’on appelle « poule ». Ce sont particulièrement des examens rédigés qui circulent de travers le centre d’examen et qui parviennent à délivrer leurs destinataires qui généralement sont en train d’être « frits », suivant le jargon local. Quelque chose d’impressionnant est que l’on ne parvient surtout pas à déterminer le comment de cette circulation, dans la mesure où les centres sont munis de très grands dispositifs sécuritaires. En tout cas, ces examens rédigés venus de tout horizon sont présents dans les salles d’examen.

e)      Complicité des administrateurs et professeurs à l’émancipation de la tricherie.

Cela peut paraitre étonnant, ridicule, pourtant réel et vrai. Des responsables d’écoles et des professeurs contribuent grandement à l’émancipation de la tricherie. Revenons au constat traité dans la partie a : «  Je vois des professeurs surveillants dans les examens internes qui surveillent les membres de la Direction plutôt que les élèves, et qui encouragent les élèvent à copier avec l’expression : copiez en silence ! D’autres traitent des exercices pour les apprenants». Si nous revenons aux examens de baccalauréat, nous trouverons la vraie réalité des centres d’examens. Elle est aussi vraie dans des écoles prestigieuses de la capitale haïtienne. Les professeurs, sous l’invitation du responsable du centre d’examen qui est très souvent le directeur de l’Institution, se ferment à la Direction, traitent les examens. Après traitement, le texte est multiplié, envoyés par des émissaires qui sont parfois des surveillants travaillants au sein de l’établissement, à chaque élève de ladite école qui passe l’épreuve au bercail. Tout cela, dans le souci d’augmenter le pourcentage de réussite interne de l’Institution. Nous ne voulons ne pas mentionner cette Directrice d’Ecole Normale qui exige aux surveillants de laisser copier les étudiants au cours des examens de fin d’année, question d’augmenter le nombre des admis. Ainsi, le plagiat s’installe confortablement au sein des écoles haïtiennes et ceci à toutes les dimensions.

 

II-                Réflexions pratiques.

a)      Importance du sujet.

D’aucuns pensent que la société est la résultante de l’école, ce qui est quasi indiscutable. Nous disons quasi, car la société n’est pas composée essentiellement et/ou exclusivement de personnes intellectuellement cultivées, du moins tous n’ont pas eu la chance de fréquenter une école. Toutefois, l’on ne cesse de constater combien le problème de moralité et d’intégrité va à croissant, et à travers le monde, et à travers le pays. Si l’on investit une confiance même à l’aveuglette à différents rapports publiés par les Nations-Unies, peut-on conclure que Haïti est la championne ou l’une des championnes de la corruption. Sans placer le débat dans un contexte politique, nous parvenons à comprendre que le contexte est surtout dû à un itinéraire, un passé académique. Un camarade a déclaré un jour que tout s’apprend à l’école et que le meilleur voleur est celui qui l’a appris à l’école, car on parvient difficilement à l’appréhender ; malheureusement ! Comprenons rapidement que la puanteur corruptible qui bat son plein dans le pays trouve quelque part son origine à l’école. Elle est le reflet de la qualité de l’apprentissage, disons du profil d’élèves provenant de ce système truffé de tricherie. Sans vouloir remettre en question intégralement le système d’éducation en Haïti, nécessaire se révèle-t-il de réfléchir sur la valeur des diplômes émis par ces écoles. Les élèves passent des classes sans faire en réalité des études. C’est ainsi qu’ils deviennent des intellectuels au rabais, non-compétitifs, et, malheureusement, ils sont là, occupant des postes de direction dans l’administration tant publique que privée. Ils sont qualifiés pourtant incompétents.

 

b)      Pourquoi la pratique actuelle est telle qu’elle est ?

A cette question, nous pouvons repérer les raisons éparpillées, tout d’abord au problème de structures, au marasme économique et à un passé historique.

Point besoin de pointer du doigt avec insistance la structure des écoles, dans la mesure où nous avons passé en revue dans la partie I la façon dont la plupart des écoles s’organisent. Rappelons entre autres la déclaration de cette fameuse et prestigieuse Directrice d’école Normale, sans gêne et en présence de quelques professeurs, exige à négliger la surveillance en vue d’avoir un meilleur taux d’admission. Les structures mêmes des écoles sont problématiques, car très souvent, elles favorisent la tricherie.

Nous avons mentionné le marasme économique, car nous constatons que le problème est plus présent dans les écoles défavorisées. Dépourvue de toutes structures  incitant un bon apprentissage, et les enfants provenant de familles défavorisées, la plupart de ces écoles sont transformées en de vrais centres de tricherie. L’absence de compétitivité s’impose, tandis que l’administration profite de la recette économique dans cette piteuse situation. L’éducation des gens devient un objectif de second plan et la priorité est accordée à ce qu’on accumule de plus et les stratégies d’appropriation dans le mois en cours. Sans vouloir accuser les écoles défavorisées, nous devons préciser qu’elles constituent un poids énorme dans la déchéance des valeurs éducatives, car elles sont, comme nous le mentionnons tantôt, dépourvues de structures même de base parfois. Vue la faiblesse de l’Etat, ces écoles, soit pour le bonheur ou le malheur du pays, se multiplient et dupliquent par leur présence de plus en plus imposante.

Et enfin, les raisons sont aussi liées à l’accession de la classe des prolétaires à l’école, mouvement connu sous le nom de la démocratisation de l’enseignement en Haïti, révolution qui commence avec l’occupation américaine entre 1915 et 1939 ; si nous tenons compte des paramètres historiques. Avant l’occupation, l’éducation haïtienne était élitique, gérée par les Religieux notamment, si nous tenons compte du Concordat de Damien signé en 1860, donnant l’hégémonie de l’éducation du pays aux religieux venus de l’Europe précisément la France. Les enfants qui avaient accès à l’éducation étaient de ceux dont les parents rendaient service à la patrie, c’est-à-dire des grands commis de l’Etat, et la plupart était formée en France. Au lendemain de 1939, la classe défavorisée, dépourvue de toute culture débarque à l’école, dans un système inconnu et une langue étrangère qu’elle ignore jusque là, complètement. C’est là le contexte historique de ce que Dr Cézar appelle de début du chemin de croix. Nous tenons cette approche, car elle est une hypothèse prouvée par la thèse de doctorat du Professeur et ancien Ministre de l’Education Charles Tardieu, émanée de deux crises d’identité culturelle que le pays a connues. La première est éclatée vers les années 1905-1915, où deux tendances culturelles s’entredéchirent. C’est un véritable plaidoyer en faveur de la culture et de l’éducation anglo-saxonne, dénonçant l’échec de l’éducation francophone en Haïti. Nous ne pouvons ignorer dans ce cas cette fameuse déclaration du leader des pro-anglo-saxons, Auguste Magloire : « Haïti est née la tête en bas », propos qu’il a hérité de Edmond Paul, pour qualifier l’échec de l’héritage culturel francophone qui, selon lui, ne fait que rendre de plus en plus malheureux ce pays et l’isoler par rapport à ses voisins hispanophones et anglo-saxons. Et la deuxième crise d’identité culturelle est éclatée avec la présence de l’occupant qui s’impose et contrôle la vie intellectuelle via les finances, et établit des écoles au profit de la masse défavorisée sans savoir la réalité de ces paysans. Si vrai qu’ils ont ouvert l’accès à la populace, ce que les intellectuels haïtiens d’ailleurs pro-francophones n’ont pas fait, mais que va-t-on enseigner à ces enfants de campagne et dans quelle langue ? C’est alors que commence l’intégration médiocre de la masse défavorisée de qui, sortira l’excellente classe moyenne, ayant bénéficié des bourses d’études aux Etats-Unis d’Amérique. Citons pour l’histoire que le Président François Duvalier et le Ministre de l’Education Maurice Dartigue ont été des bénéficiaires de cette initiative. Peut-on rapidement comprendre que c’est sous le gouvernement de François Duvalier que l’enseignement a été concrètement démocratisé en Haïti, si nous acceptons le concept tel que l’on utilise couramment. Alors là, nous tenons rapidement une autre classe, très dense, qui fait journellement des va et vient à l’école sans une réelle formation académique.[2] La plupart, pour passer la classe, essaye de plumer la poule tout en s’assurant qu’elle ne crie. Voici en quelque sorte un héritage !

c)      Peut-on tirer des avantages de la pratique actuelle ?

Cette interrogation nous fait penser fortement à la morale. Est-il possible d’avoir quelque chose de bon à partir du mauvais, de loyal à partir d’un délit, ou peut-on tirer avantage d’un forfait ? Dans d’autres cas, nous pouvons répondre probablement avec des réserves ; mais dans le cas de la tricherie, nous ne pouvons imaginer de bienfaits possibles. C’est un sacrilège ! D’ailleurs nous en souffrons grandement ; cette dérive qui génère cette société boitillée, manchote, non compétitive. En lieu et place de chercher désespérément le bon du mal, mieux vaut l’éradiquer, car l’adage soutient avec écho : « aux grands maux, de grands remèdes ».

d)      Possibilité de changement et son évaluation.

Nous ne voulons pas regarder l’horizon avec des yeux sceptiques, claironnant comme certains le font qu’il est impossible de faire quelque chose de bon. Nous croyons pertinemment que le changement est toujours et encore possible. Nous estimons que les impacts de ce dit changement sont à long terme, car les médiocres, qui se font  professionnels tricheurs seront récessifs, mais si on commence à redorer le blason des structures internes des écoles, on agira sur le futur de la société. Il faut dire que c’est un travail a priori spirituel, mental qui exige beaucoup de persévérance. Car la tricherie, si mauvaise qu’elle est, finit par s’établir comme normale et acceptable. D’ailleurs, on a vu que même des responsables d’écoles en font la promotion en guise de politique de foule, de public et de masse ; car plus on a un meilleur pourcentage de réussite, quoi que les compétences qui très certainement laissent à désirer ; c’est plus on attire les gens, plus on cumule des fonds.

 

 

 

 

III-             Aspect de planification.

A ce niveau, nous voulons, sans avoir l’intention de passer un évangile, proposer des pistes plus ou moins concrets de solution, en vue de diminuer au strict minimum, voire éradiquer complètement le problème de tricherie à l’école haïtienne. Il s’agit d’un plan d’amélioration qui implique la bonne volonté de tous les acteurs et partenaires éducatifs, conscients de la gravité du cas et des enjeux qui s’en suivent.

a) Un cours d’éthique.

La première façon concrète et spirituelle d’améliorer la situation est une modification (renforcement) du curriculum de l’école qui s’avère nécessaire. C’est vrai qu’Haïti dispose d’un petit matériel didactique dénommé civique et moral, il semble que les répercussions de ce dit ouvrage des cours élémentaires et moyens ne sont pas évidentes. Alors, faut-il renforcer le curriculum avec un cours d’éthique, où on va travailler un code déontologique qui s’étend depuis la prime enfance jusqu’à l’étape universitaire, dans le cursus académique. De même que la Bible, dans Lévitique et Deutéronome, donne la façon dont le peuple d’Israël doit se comporter envers son Dieu, de même ce code déontologique doit pourvoir de valeurs et d’autorité. Il peut avoir de grandes controverses là-dessus dans la mesure où nous vivons dans un monde de présupposé relativisme. On regarde tout avec des lunettes différentes et on accorde des valeurs suivant sa propre philosophie de la vie et sa propre compréhension des choses. Rien n’est standard. C’est pourquoi on essaie au mieux de qualifier de concept chaque mot. Nous devons et voulons être prudents en même temps avec cette approche de moralité. Voyons, la morale chrétienne nous enseigne à aimer nos ennemis, à leur donner à manger tandis qu’ils ont faim, à leur donner à boire tandis qu’ils ont soif, à prier Dieu pour leur changement ; pourtant, Mao Tsé-toung, une figure emblématique d’une morale chinoise universelle enseigne à déguster avec appétit la chair de son ennemi après l’avoir tué, pour s’assurer de ne plus avoir cet ennemi. C’est une morale quand même, bien qu’elle est animée d’un esprit  anthropophagique. Toutefois, il est mieux d’éviter toute équivoque. Quand nous parlons d’étique, nous voulons parler d’enseignement des valeurs de la morale chrétienne, non de la morale universelle, car, il n’est pas une obligation que le bon soit populaire, ni ce qui est universellement accepté n’est obligé d’être le bon. Nous parlons des valeurs axées sur la parole de Dieu « la Bible », car ce sont les seules valeurs éternelles. Même le plus ancien code de lois trouvé, celui d’Hammourabi, ne contredit, ni ne peut contredire l’enseignement de Dieu. Il faut enseigner l’intégrité aux enfants, en théorie et en pratique, afin de tenir engagement et promesse dans la vie future. Terminons cette partie du travail avec ce fait : plusieurs médecins diplômés, c’est-à-dire, ayant prêté le serment d’Hippocrate, s’engageant de mettre la santé des patients, du moins leur vie en priorité, choisissent de les laisser mourir dans la pratique, pour la simple et bonne raison que le patients n’ont pas généralement le capital exorbitant qu’ils exigent à payer le traitement ou la thérapie. C’est réelle et vraie, cette anecdote. Un cours d’éthique est trop nécessaire, et ceci, même dans le cursus de l’enseignement post-secondaire. Nous avons donc trop de professionnels cultivés dépourvus de moralité. Les enfants doivent comprendre que tout ce qui n’est pas moral est force immoral ! Rien ne peut être simultanément vrai et faux, bon et mauvais ! La tricherie demeure un vol qui mérite d’être puni.

 

.  b) Renforcement du système de supervision

Un autre aspect assez important pourtant négligé dans la majorité des écoles haïtiennes est la supervision. Nous n’oublierons jamais cette déclaration de notre professeur d’Administration scolaire : qui ne supervise pas, n’a rien. Le problème de supervision s’impose, probablement parce que les superviseurs méconnaissent en réalité leur attribution. Personne ne peut exécuter sciemment une tâche inconnue, il faut déclarer et écrire l’énoncé des attributions de chacun dans un système administratif. Toutefois, nous devons comprendre que la supervision n’est pas une responsabilité d’un superviseur, mais le travail de toute une équipe, nous en parlerons sous peu dans la partie équipe/école. Au sein des institutions, il faut renforcer les systèmes de supervision tandis que chaque personne assure ses responsabilités respectives. Alors, la répercussion sera grande sur la tendance des élèves à produire suivant qu’ils sont capables. Les professeurs surveillants sauront aussi leurs responsabilités et ils cesseront de surveiller les superviseurs  des examens en encourageant la médiocrité des apprenants. C’est vrai que le problème de supervision scolaire en Haïti est global, mais si chaque institution s’engage à poursuivre l’excellence académique par le travail assidu, le profil de ses ressortissants sera meilleur. Considérons cet exemple très concret que nous expérimentons dans notre région. Une école, de structure délicate, aux salles archicombles, d’une surcharge exagérée des élèves, parvient à faire un nom et à siéger au rang des grandes écoles de la communauté. Comment parvient-elle à ce niveau ? C’est en établissant une rigueur disciplinaire qu’elle marque cette différence. A ce que nous sachions, c’est une vieille école qui fournit des hommes de tête et d’élite, pourvus de moralité dans le pays, et de brillants étudiants sur le plan international. Tout cet exploit est lié à une structure disciplinaire établie, que tous les élèves, quoi que leurs appartenances sociales et leur niveau, doivent obéir scrupuleusement. Certainement on peut formuler des réserves sur la façon de faire, mais le système apporte des résultats envieux. Ce qui est intéressant est que la réussite de cette école est liée à l’aspect de supervision. Sans vouloir nous faire passer comme fan de la théorie X de Douglas McGregor, il faut dire que la personne typique donne de meilleurs rendements quand elle sait qu’elle est supervisée ou qu’elle est objet de supervision. Si cette théorie est vérifiée dans plusieurs entreprises industrielles aux Etats-Unis, à combien plus forte raison de ne pas la considérer dans le milieu scolaire qui exige de la supervision. Nous voulons donc nous convaincre que le laisser-faire dans les écoles, comme l’expérience a été faite par Alexander Sutherland Neill  à Summerhill, nous conduit à la médiocrité et dépravation dans les fonctions sociales. La tricherie n’a autre issu, que de produire des médiocres.

c) Renforcer le système de punition liée à la tricherie.

« Aux grands maux, de grands remèdes », nous laisse croire cet adage. Si la tricherie est un mal très grave ; il faut des mesures très sévères appropriées à ce délit. Jean de La Fontaine a avancé cette leçon de morale que nous apprécions à sa juste valeur : « Qui vole un œuf, volera un bœuf ». Nous avons mentionné que la société est le reflet de la réalité de l’école. Si nous rêvons d’une société bien meilleure, nous devons commencer par décourager certaines pratiques jugées mauvaises et malsaines, dont la tricherie. Et nous croyons qu’aucun pédagogue n’aurait le souci de former des petits larcins pour devenir des pierres d’achoppement à son itinéraire demain ; des délinquants pour détruire la société. Il faut renforcer les mesures disciplinaires relatives à la tricherie. Par exemple, en lieu et place d’enlever de la main de l’élève l’objet servant de moyen de tricher, s’assurant de l’avoir inscrit dans le code disciplinaire de l’Institution, il faut le faire perdre des avantages, comme, reprendre la classe, l’éliminer automatique ; et si la pratique persiste, il faut renvoyer définitivement les inculpés en vue de servir d’exemple de l’application de la discipline dans ce cas. La tricherie, comme nous le disons tantôt, doit être traitée avec la plus dure sévérité et avec rigueur. Il s’agit de la formation des caractères de l’élève en question, des élèves en générale ; et il s’agit de fournir des produits compétitifs sur le terrain, témoignant la valeur du travail que l’on fait en cette institution. Tant qu’il est vrai, il n’y a que deux moyens concrets d’évaluer une école : à court terme, la performance de ses élèves aux examens d’Etat ; et à long terme, le meilleur moyen bien entendu, la compétence des produits qu’elle a formés et sanctionnés par un diplôme officiel, sur le terrain. En tout, la compétence est l’ambassadeur de l’institution qui délivre le diplôme.

d) Renforcement de la motivation des élèves.

Burrhus Frederic Skinner et Ivan Pavlov nous lèguent un héritage psychologique dans le béhaviorisme : le renforcement. Sans nous intégrer dans la dichotomie de renforcement négatif et punition, nous voulons tout simplement parler de l’aspect clair qu’est le renforcement positif.  C’est un procédé qui consiste, dans le cadre du conditionnement, à renforcer une réaction succédant à certains stimuli en présentant ceux-ci de façon répétée. Lorsqu'elle est utilisée dans un but positif, notamment pour encourager un comportement ou un processus d'apprentissage, cette technique peut s'avérer très efficace. Alors, nous sommes d’avis d’encourager les bonnes habitudes, ainsi que les attitudes révérencieuses par un système de récompense. Cette initiative pourra aider à éradiquer la tricherie, dans la mesure où les excellents travailleurs, honnêtes et intègres, sont récompensés. Il faut dire que la plus forte moyenne arithmétique n’est obligée d’être récompensée, si toutefois elle est sujet de doute, ou tout bonnement non-authentique. Certainement, la performance est à encourager, mais pas la médiocrité. Celui qui a de meilleures notes, pourtant il est l’excellent tricheur, s’il est récompensé, il est récompensé pour son vol, non pour sa performance, on est alors en train de renforcer le comportement dérangeant, irrévérencieux. Le système de renforcement positif dont nous parlons n’exige pas trop sur le plan économique. Il s’agit d’abord de la bonne volonté à faire et à encourager le bon. Par exemple, accorder un ou deux points en plus, est très significatif pour un apprenant ; lui donner une surette ou des bonbons ; lui accorder un petit avantage de loisir ; un bravo ; une appréciation publique ; une demi-bourse ou une bourse d’excellence… plusieurs petits trucs de la sorte peuvent encourager les apprenants excellents. Il faut valoriser le bon et l’excellent !

e) Formation d’une équipe/école.

Nous avons promis de retourné à ce point dans notre réflexion. Nous voulons continuer de croire que c’est une partie très importante. L’école n’est pas un immeuble mais un tout constituée de personnes, d’humains. Trois entités sont sine qua non à la réalisation de cette belle œuvre de former des gens et au fonctionnement d’une école : Administration (Direction), les professeurs, les élèves. Toute initiative isolée dans un système, comme une école, n’a que caducité comme auréole ; elle n’apportera pas de fruits et/ou les résultats escomptés. Ainsi, tout comportement à encourager ou à éradiquer exige une exécution conjointe des partenaires constituant le tout. On ne peut oser prétendre bannir la tricherie si les professeurs ne sont pas intégrés dans la dynamique. Nous avons parlé au départ de professeurs tricheurs ou compagnons d’élèves dans la tricherie. Il nous faut des professeurs honnêtes et intègres pour enseigner de bonnes manières aux apprenants. Nous croyons force qu’on ne peut donner que ce qu’on a. Si le professeur est immoral, il ne va enseigner autre notion que l’immoralité aux apprenants, et nous en sommes certains. Le professeur est un modèle. C’est pourquoi, nous accordons beaucoup d’importance à la formation morale des maîtres, en méditant continuellement l’énoncé de mission de l’institution et la valeur accordée aux principes bibliques. La supervision, c’est la responsabilité de tous les acteurs, partageant et œuvrant dans la philosophie de l’école. Combattre la tricherie est le travail de toute l’équipe ! Et on doit inciter et développer un ressentiment pour la tricherie chez tous les élèves et tous les membres de l’équipe. Si un alcoolique ne parvient à haïr l’alcool, il restera son meilleur plaisir et y sera dépendant. Ceci est aussi valable pour la tricherie. Nous dirions qu’il faut ensemencer les valeurs d’autonomie, de fierté et le goût du bon travail accompli. On ne peut apprécier ce qu’on ne connait ou n’expérimente pas. Les enfants doivent goûter la perfection autonome pour être réellement excellents. Toutefois, la dynamique équipe/école fait des exigences également, telles renvoyer des membres du personnel, faire des investissements, recruter des personnes capables de promouvoir la vision de l’école et de travailler à son émancipation…

 

Conclusion

De même que l’éradication du cancer et le combat contre le VIH sont devenus l’affaire de tous et une priorité pour avoir un monde meilleur, même lorsqu’on reste très sceptique de la concrétisation de ce rêve ; l’éradication de la tricherie doit être la priorité de ceux qui rêvent d’une société dont les bases sont un Etat de droit. La corruption, malheureusement, est devenue une porte ouverte à la création de fortune, à l’accession de certaines personnalités à certains postes… pourtant de grandes sommes sont investies annuellement à la combattre. Nous continuons de nous persuader que le changement est possible si on fait un petit effort d’appliquer les principes au temps qu’il faille, et que les institutions anti-corruption dont les écoles sont réellement et vraiment incorruptrices. Il nous faut du neuf dans l’éducation pour avoir un meilleur système et une société conçue sur l’équité. Redorer le blason du pays doit avoir un itinéraire académique, car il s’agit de relations interpersonnelles. La société peut être meilleure !

 

Bibliographie

DOBSON, James (1995). Osez discipliner. Editions Trobisch (Edition révisée).

Encyclopédie Microsoft Encarta 2008- Etudes DVD.

RUANO-BORBALAN, Jean-Claude (2001). Eduquer et Former. Editions Sciences Humaines (2e Edition refondue et actualisée). Auxerre Cédex, France.

TARDIEU-DEHOUX, Charles (1990). L’Education en Haïti de la période coloniale à nos jours (1980). Imprimerie Henry Deschamps Port-au-Prince, Haïti. (Distinction : Prix de la Société d’Histoire et de Géographie d’Haïti, 1989)

TROUILLOT, Jocelyne (2007). Histoire de l’Éducation en Haïti. Edition CUC Université Caraïbe. Port-au-Prince, Haïti.

 

 

 

                                                 

 

Odney Georges ODEUS, M.Ed., MTS

 

Coordonateur de FAD-CUC,

 

Doyen aux affaires estudiantines,

 

Professeur,

 

College Univesitaire de Christianville.

 

 

 


 

[1] Copie des leçons, sujets traités, de formules… dans des petits carnets que les élèves cachent très souvent sous leurs sous-vêtements les plus intimes

[2] Cette idée est la thèse doctorale de Charles Tardieux (cf: bibliographie).