De l’éducation chrétienne : nécessité et visées !

Odney Georges ODEUS, M.Ed, M.Th.

Introduction

Les fondements de l’éducation trouvent inévitablement leurs origines dans le récit biblique. De toutes les théories cosmogoniques, elle est la seule, capable de donner des informations précises concernant la création et la chute de l’homme, la venue du péché dans le monde ; de surcroit, le rôle de l’homme sur la terre et sa destiné dans ce contexte mondial de perversion et de grande sédition contre les principes divins. D’ailleurs, l’intérêt développé pour rechercher son origine, son rôle, le sens de la vie (…) et ce qui vient éventuellement après la mort, sont quelques-uns des points essentiels caractérisant la différenciation entre l’homme et l’animal, car il sait pertinemment qu’il vient de quelque part et qu’il a une destiné. Cette curiosité, devant être assouvie, se trouve indubitablement aux prises avec un système de transmission de valeur, en vue de répondre à ce perpétuel interrogatoire. D’où le rôle partiel de l’éducation, suivant que nous le concevons dans notre texte. Pourquoi donc l’homme a-t-il besoin d’être éduqué ? À cette question, il nous faut une vue d’ensemble sur l’homme et les premiers préceptes éducatifs ayant été existés. Ce qui, exactement, constitue  notre conviction chrétienne de l’éducation.

A- L’éducation est une institution de Dieu, précédant même le mariage.

Le premier enseignement formellement connu et trouvé dans la Bible est ainsi formulé : « L’Éternel Dieu donna ce commandement à l’homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin; mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. »  (Gen. 2 :16-17). C’est le premier précepte éducatif littéralement transmis à l’homme, et ce dernier a été sommé de le respecter, et ce qui est plus intéressant, il vient de Dieu, le créateur. D’ailleurs, ce commandement est accompagné de sa procédure, ainsi que la punition que sera éventuellement appliquée en cas de désobéissance. Pourquoi Dieu était-il obligé de donner cette ordonnance à l’homme qui est la couronne de sa création ? - Nous supposons qu’il voulait nous enseigner par un modèle parfait. L’homme n’avait pas encore péché, la très bonne créature, à l’image de Dieu, de qui Dieu a déclaré cette mention : « Très bon » (Gen. 1 :31). L’homme n’avait pas besoin naturellement de cet enseignement, il était bon. Mais Dieu, dans son omniscience, savait que l’homme aura besoin de l’éducation ! Il l’institue. L’éducation est la première institution biblique, suivant que nous le voyons en Genèse deuxième, et elle précède le mariage que certaines gens accordent une dimension plus sacrée, et veulent enseigner comme la première institution de Dieu. Regardons superficiellement que le principe du mariage est éducationnel : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme… » (1 :21-24). Voyons que le mariage est a priori éducatif. Dieu accorde beaucoup d’importance à l’éducation.

 

B- Le besoin de l’éducation : Un fondement

Un autre paramètre qui jouera un rôle essentiel à notre croyance de base en éducation est la chute de l’homme. Nous avons été ébahis d’écouter un professeur de philosophie de l’éducation, pas seulement séculier mais aussi qui se réclame athée, se référer à ce fait pour faire ressortir le besoin de l’éducation. Ainsi, avons-nous plus d’intérêt à implémenter ses valeurs. Il a mentionné que la Bible enseigne que l’homme a péché, il n’est plus bon, donc il a besoin de l’éducation[1]. Ce professeur a fait nécessairement des réserves pharisaïques pour être fidèle à ses préjugés, mais il était pour lui inesquivable de ne pas se référer à cet état de fait. Voyez combien il reste superflu pour relater la vérité. Nous voulons juste aller plus loin, très profond dans l’esprit du récit, car il ne s’agit pas seulement du péché comme facteur et/ou principe de l’éducation, mais cette dernière, savoir l’éducation, est une institution comme nous l’avons tantôt mentionnée. Nous croyons cependant qu’avec le péché, l’éducation tient une orientation assez nouvelle, car l’homme, par l’œuvre de la rédemption divine, a besoin de se réconcilier avec Dieu, son créateur. C’est exactement ce fait qui va servir de fondement à l’éducation chrétienne comme étant une nécessité.

 

C- Quelles doivent être les visées de l’éducation chrétienne ?

N’étant pas séculière, l’éducation chrétienne doit avoir des visées bien précises, la différenciant de l’éducation séculière. Etant donné que l’homme a péché et est privé de la gloire de Dieu[2], il mène de par lui-même une vie loin de la volonté de Dieu. Le dessein de Dieu est de voir l’homme, vivant en parfaite harmonie avec son souverain Dieu, c’est pourquoi il a envoyé Christ mourir pour le rachat de l’homme[3] ; et tout ceci, à cause de son amour. Maintenant, de part lui-même, il est impossible à l’homme de joindre Dieu. D’ailleurs la rédemption est une faveur imméritée. L’homme doit donc apprendre à connaître Dieu tandis qu’il se laisse trouver, il se révèle. Alors, la première visée de l’éducation chrétienne est de réconcilier l’homme avec Dieu, l’homme avec l’homme, en enseignant des notions de valeurs éternelles et sacrées[4]. De là, nous concluons que l’éducation chrétienne doit avoir deux orientations essentielles ou filières, le fait que Paul a mentionné en 2 Corinthiens 5 : 20 que nous exerçons une fonction d’ambassadeur pour Christ. Ces deux filières sont l’évangélisation ou accomplissement de la grande commission et l’édification ou consolidation. Elles permettront d’aboutir  équitablement à ce que nous recherchons étant disciples et employés de Dieu, recevant la grande commission. Il faut dire que cette visée est intégrale, dans la mesure où elle cible l’être entier, l’esprit, l’âme et le corps, suivant qu’il est écrit en 1Thessaloniciens 5 :23, car le tout doit être conservé irrépréhensible lors de l’avènement du fils de l’homme.

 

D- le cursus académique de l’éducation chrétienne :

Le point fondamental de l’éducation chrétienne est le cursus académique. Quel contenu enseigné aux apprenants pour qu’ils soient réellement réconciliés avec Dieu et qu’ils accomplissent les commandements divins ? Depuis toujours, le quoi enseigner a toujours été problématique dans l’éducation en générale. Certaines fois ce sont les méthodes de transmission qui viennent au premier plan de ce débat. Pourtant, le contenu est essentiel ; tandis que dans Gargantua[5], Rabelais opte pour une éducation générale et absolue, peu différente de l’éducation ancienne en terme de méthode, mais il se trouve radicalement opposé à son contemporain, Montaigne, car le profil d’homme qu’on veut former est étroitement lié au contenu. Ce que nous devons enseigner dans l’éducation chrétienne est aussi important de l’allaitement à la première enfance. Sans être exhaustif, nous le résumons en ces quelques points que nous estimons être essentiellement importants :

  1. La connaissance de Dieu.

La première notion à enseigner aux enfants est « Dieu ». Ils doivent connaitre Dieu, étant leur créateur, leur sauveur et leur seul Seigneur. Ils doivent croire que Dieu existe et qu’ils doivent plaire à Dieu, le chercher[6]. Le récit de la Genèse n’exempte pas cet enseignement. Connaitre Dieu implique littéralement aimer Dieu. D’ailleurs, c’est là le plus grand et le plus important  commandement : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée[7]. » Les apprenants doivent  apprendre Dieu tel qu’ils ont besoin du premier lait nourricier à leur tendre et première enfance. La connaissance du souverain Dieu explicite que l’enfant saura qu’il est pécheur et que la récompense de son état naturel est le châtiment éternel ; cependant, dans son amour, ce Dieu qui doit être son mobile a planifié et exécuté pour lui la rédemption.

 

2-la vérité :

La connaissance de Dieu est dimensionnelle. L’enfant est en bute à nombre de difficultés, particulièrement la connaissance de la vérité. L’un des mobiles de l’éducation chrétienne est l’enseignement de la vérité. Alors, à la question si la vérité est accessible, absolue, relative… ? Il faut chercher la réponse en Dieu. La plénitude de la vérité est Dieu même. Quiconque connait Dieu, connait la vérité. Celui qui ne peut mentir a déclaré être la vérité (Je suis … la vérité…)[8]. L’enfant doit également reconnaitre par un enseignement standardisé que la connaissance de la vérité est le mobile de leur liberté ; vous connaitrez la vérité et elle vous rendra libre, enseigne les saintes écritures en Jean 8 : 32. Il est important de connaitre les autres théories prétendant qu’il est impossible de connaitre la vérité dans la perspective de dénoncer le manque de fondements de leur thèse et de voir combien l’homme, délibérément, choisit de renoncer à l’enseignement divin en vue d’errer à la recherche de l’inconcevable, l’impensable, bref, de faire la volonté de Satan. La vérité est donc accessible, pourvu que Dieu s’est révélé et par lui-même, et à travers sa création.

 

 

3-  La parole de Dieu comme seule source de vérité et dernière autorité.

Pour vivre selon Dieu, il faut non seulement connaitre Dieu, mais aussi sa parole. En Psaumes, le psalmiste écrit qu’il serre la parole de Dieu dans son cœur en vue de ne pas pêcher contre lui[9]. Nous devons rester attacher et demeurer à l’enseignement de la Bible[10], à l’instar de Marie qui choisissait de rester aux pieds du souverain Maître, savoir Christ. Nous devons enseigner aux enfants, dans le cadre d’une éducation chrétienne, qu’ils doivent être habités par la parole de Dieu. Celui qui reste à l’écoute du maître dans l’étude de sa parole l’accepte comme seule, dernière et souveraine autorité. Car la parole de Dieu est une lampe aux pieds de celui qui en écoute et une lumière sur son sentier[11] ; de surcroît, elle fait ses délices et ses conseillers[12] ; et elle contient toutes les réponses à toutes ses questions, il doit donc l’aimer et la respecter[13].

 

4- La crainte de l’Eternel.

Trop souvent notre culture renvoie la crainte à la peur. Cette substitution ne rime à rien. Car, la peur inspire le désir de fuir la personnalité en question lors d’une éventuelle rencontre. Le livre des Proverbes enseigne ce qui suit : « ... si tu la[14] cherches comme l’argent, si tu la poursuis comme un trésor, alors tu comprendras la crainte de l’Eternel, et tu trouveras la connaissance de Dieu. » (2 : 4-6). La sagesse enclenche la crainte de l’Eternel. Ceci étant, nous concluons que la crainte est le respect révérencieux envers cet être souverain et suprême. En  Psaumes 5:7  le psalmiste  prie Dieu en ces termes «  Mais moi, par ta grande bienveillance, je vais à ta maison, Dans la crainte qui t’est due, je me prosterne devant ton saint temple. » Continuant cette prière en Psaumes 9:20, il déclare : «  Répands sur eux la crainte, ô Éternel! Que les peuples sachent qu’ils ne sont que des hommes! » Il donne ensuite un enseignement assez intéressant à propos de la crainte de Dieu en Psaumes 19:9  «  La crainte de l’Éternel est pure, elle subsiste à toujours; Les ordonnances de l’Éternel sont vraies, elles sont toutes justes, » et, il lance l’invitation à ceux qui reçoivent son enseignement : « Venez, (mes) fils, écoutez-moi! Je vous enseignerai la crainte de l’Éternel. »  (Psaumes 34:11). Et enfin, nous trouvons un témoignage trop important en Psaumes 40:3 qui relate comment Dieu se manifeste et les peuples auront de la crainte de Dieu quand son peuple vit dans l’adoration : « Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, Une louange à notre Dieu; Beaucoup (le) verront et auront de la crainte; Ils se confieront en l’Éternel. » 

 

Au fait, L’enfant doit apprendre à craindre Dieu et à appliquer ses préceptes. Quiconque craint Dieu, applique ses commandements, et ceci, délibérément. Le but principal et fondamental de l’éducation chrétienne doit être a priori l’enseignement/inspiration de la crainte de Dieu. L’Ecclésiaste conclut son livre en relatant une intéressante invitation à l’homme : « …crains Dieu et observe ses commandements. C’est là ce que doit faire tout homme. Car Dieu amènera toute œuvre en jugement, au sujet de ce qui est caché, soit bien, soit mal » (12 :15). Si l’homme est curieux de savoir ce qui arrivera après la mort particulièrement, doit-il commencer par craindre l’Eternel, tant au niveau de l’apprentissage qu’au niveau de l’application. La crainte de l’Eternel est la sagesse, nous enseigne la Bible[15]. Qui  veut être sage, doit commence par craindre Dieu.

 

 

5- La culture générale

Ce dernier point sur lequel nous n’allons pas trop élaborer est la culture générale. L’éducation chrétienne vise à former l’homme complet. Un homme qui plait à Dieu et qui fonctionne suivant les principes et valeurs sociaux, quelqu’un qui est fonctionnel dans cet espace dans lequel il évolue. Un bon citoyen qui sait suivant des standards bibliques que son bonheur dépend de ce de la ville où il évolue, un père ou une mère responsable, un bon employeur, un bon employé, un bon serviteur, un excellent médecin, un excellent ingénieur, un professeur consciencieux …. De ce fait, pour être excellent et parfait à l’image de Christ, l’éduqué chrétien doit avoir une culture générale qui n’a rien à envier à l’éducation séculière, mais qui influence ceux qui ne connaissent pas Dieu. Il saura alors aimer son prochain manifestement suivant qu’il complémente les deux plus grands commandements « Tu aimeras ton prochain comme toi-même[16] » 

 

E- Des valeurs fondamentales dans l’éducation chrétienne.

D’autres valeurs sont assez importantes dans le cadre d’éducation chrétienne. Sans en faire une apologie ni un long exposé, voyons, comme nous l’avons exploré dans les point développés plus haut, qu’elle est centrée sur la Bible et que tout se fait dans un contexte chrétien, suivant notre vision du monde. Il reste à comprendre que l’éducation ne se fait pas dans les vacuomes et que c’est l’effort synergique d’un ensemble de participants, dont les parents, les enseignants, les administrateurs…. L’éducation est l’œuvre conjuguée de cet ensemble et tout le monde doit mettre le focus sur un idéal commun, le même enseignement dans la même perspective du monde.

Les parents sont les premiers responsables des enfants suivants que Dieu l’ordonne (Eph. 6 : 1-4). Ils délèguent à l’école la responsabilité d’instruire l’enfant. Les professeurs substituent littéralement les parents (Luc 6 : 39-40) ; c’est pour dire que tout doit être fait en parfaite symbiose et que les orientations ne doivent pas être différentes.

 

Conclusion 

En somme, l’éducation chrétienne est la plus complète éducation que l’homme peut recevoir. Elle vise une instruction intégrale et holistique, multidimensionnelle, touchant l’être entier : l’esprit, l’âme et le corps. Basée sur la morale chrétienne et biblique, l’éducation chrétienne est effectivement la seule capable de former l’homme dont cette société a besoin, avec des valeurs morales standardisées et une compétence à ne pas négliger. Car, l’homme complet, accompli à toute bonne œuvre, connait Dieu, réconcilie avec lui et cherche à lui plaire en accomplissant sa volonté dans l’exécution du grand commandement, de la grande commission et le mandat culturel. Il reflète sa gloire dans son entreprise, car il le craint. A Dieu seul soit Gloire !

 



[1] Propos de ce professeur de Philosophie de l’éducation à une Ecole Normale, où je suis également professeur. Ils ont été recueillis tels qu’ils ont été prononcés, avec seulement une modification du discours (discours direct en discours indirect).

[2] Cf: Romains 8: 23; Romains 5:12

[3] Cf: Jean 3: 16

[4] Cf: Romains 5: 10, 11, 15; Eph. 2: 16; Col. 1:20, 22; 2 Cor. 5: 18, 20.

[5]  Cf: Nathalie Lemaine (2000). Littérature française Moyen Age et XVIe Siècle. pp.57-58 ; 76 (NB : Rabelais voulait que son génie soit un abîme de science, qu’il fasse preuve de grande érudition en maîtrisant les minuscules poissons les plus inconnus des plus profondes fontaines et l’absolu. D’autre part Montaigne prend le contre pied de cette éducation en prônant une utilité certaine de l’éducation. La tête doit être bien faite, ca qui aurait signifié que le savoir doit être utilement applicable.)

[6] Cf: Hébreux 11: 6

[7] Cf: Matthieu 22: 37

[8] “Je suis le chemin, la vérité, la vie” (Jean 14:6)

[9] Psaumes 119:11

[10] Jean 15:7

[11] Psaumes 119:105

[12] Psaumes 119:24

[13] 2 Timothée 3: 16

[14] Le pronom complément « LA » remplace dans ce texte « la sagesse » dans le texte complet, trouvé en Proverbes 2 depuis le premier verset.

[15] Job 28:28  Puis il dit à l’homme: Voici: La crainte du Seigneur,  c’est la sagesse; S’écarter du mal, c’est l’intelligence

[16] Matthieu 22: 39