Le problème d’orientation professionnelle.

(Reflexion porsonnelle)

Par Odney Georges ODEUS, M.Ed., MTS.

Introduction.

Pendant une bonne partie de notre vie, nous avons travaillé comme enseignant à l’école secondaire. Le problème récurrent que nous avions à gérer régulièrement durant ce parcours professionnel est cette affaire de confusion des apprenants, devant savoir s’ils sont faits pour être ingénieur, ou médecin, ou avocat, … mais généralement pas pasteur, ou professeur, car, disent-ils, les professeurs pactisent avec la misère pour mourir pauvre et les pasteurs ne disposent jamais de temps pour leur famille. Un tableau qui n’est pas trop intéressant en réalité. Cependant, nous avons constaté des dirigeants d’école, les plus avisés selon l’appréciation du commun des mortels, qui ne font qu’administrer des tests d’orientation professionnelle pour les apprenants, qui la plupart du temps finissent par être déçu, dans la mesure où ce que les tests révèlent ne fonctionnent généralement pas. Des élèves nous contactent, font état de leur aptitude, mais dessinent leur précarité économique dans certains cas et aussi mentionnent leur désaccord avec les résultats des tests, étalent des orientations imposées par des tierces, etc. C’est vraiment un état de profondes angoisses chez les jeunes et adolescents qui finissent la plupart du temps par rien régler. Et nous croyons que cette situation doit être étudiée avec un peu de minutie et de professionnalisme.

Les éventuelles causes du problème (selon le cadre théorique de McDowell)

On ne peut pas supposer connaitre les causes précises des problèmes d’orientation professionnelle, dans la mesure où la réalité de chaque personne se diffère, par contre, les raisons les plus remarquées sont les suivantes et ceci sans exclusivité.

-          Pressions sociales

La société est une source de pression sur les adolescents en termes de choix de métier ou de carrière. Les concernés, parfois, décident de certains choix sans en avoir d’idées claires de ce que c’est. Et de fait, la majorité des adolescents sont enclins à choisir les métiers réputés de plus nobles, ou les plus connus. Par contre, d’autres métiers sont traités en parents pauvres par la société. Ce qui fait de certains adolescents des risées de la société, indépendamment de leur habileté et d’autres des gens d’élite pour avoir choisi les métiers les plus alléchants.

Un autre niveau de pression de la société est l’intégration sur le marché du travail des diplômés. Nous n’allons pas oublier la déclaration de cette ancienne Ministre de la Santé publique Haïtienne qui, dans le cadre de résolution d’un problème universitaire, stipule que la médecine n’a jamais été faite pour les gens pauvres. Non plus, nous n’allons pas ignorer des gens très considérés, parce qu’ils détiennent tel titre professionnel, alors que d’autres sont quasiment méprisés, car ils ont fait choix de métiers techniques ou n’ayant pas trop grande considération ou de belle vue par cette même société.

La société constitue vraiment une source de pression, en ce sens qu’elle oriente les décisions et choix professionnels de nos jeunes, souventefois pas dans le sens de personnalité et habileté des concernés. Qu’il s’agisse du choix de métier/profession, de carrière ou d’école, la société est plus que présente.

-          Pressions familiales

Comme signalé dans la première partie, des parents influent sur le choix de carrière des enfants. Jusque-là, des parents exigent, dans notre société, que des enfants fassent choix de leur métier. Nous avons entendu à la radio un vieux médecin se vanter d’appartenir à une famille de médecin, comme s’il s’agissait d’un héritage génétique et de fait ses cinq enfants dont un adoptif, sont tous des médecins. Nous nous rappelons paradoxalement ce médecin qui remet à ses parents son diplôme de médecine pour aller apprendre et faire carrière dans le journalisme. Personnellement, nous n’évoluons pas dans notre premier choix de métier, car c’était mal vu par nos parents.

Dans certains foyers, même lorsque les parents ne recherchent pas à établir un héritage professionnel, ils essayent d’influencer grandement leur choix à un moment où même les enfants ne peuvent encore en assumer, en ce sens qu’ils dressent constamment des opportunités que tel ou tel métier offre. McDowell avance que des recherches montrent qu’ils ont tendance à connaitre le succès lorsque les choix se font très tôt (p. 485), mais les forces de pression sont vraiment à considérer, en ce sens qu’elles ne s’en vont pas sans conséquence émotionnelle.

-          Circonstances

Les circonstances dans lesquelles les familles pataugent jouent un déterminisme dans certains choix. Est-ce que les parents vont pouvoir payer ? C’est la question que nous avons rencontrée plus régulièrement dans l’exercice de nos métiers. Personnellement, nous avons été victime des aléas conjoncturels, surtout financiers, dans notre choix d’université et de carrière. Ce n’était pas facile pour nous de nous orienter, car il fallait N calculs avant de décider de nous engager dans telle ou telle voie.

-          Performances antérieures

Il parait très évident qu’un élève brillant n’aura pas hésité une carrière universitaire ou professionnelle plus étoffée, tandis qu’un élève moins brillant aura choisi une carrière plus facile, ne nécessitant des fois mêmes pas une option universitaire (McDowell, P. 486). Par contre, les réalités ne sont pas similaires dans toutes les cultures ou situations. Des élèves moyens, d’autres fois moches, tiennent mordicus de devenir universitaires dans des domaines différents, des fois où ils n’ont même pas de prérequis. C’est encore lié à la façon dont la société apprécie les métiers. Mais, les performances antérieures sont déterminantes dans le choix de carrière, doit-on renchérir.

-          Personnalité

Certaines personnalités ne vont pas de pair avec certains métiers. Une personne introvertie n’aura pas beaucoup de succès dans les affaires, tout comme un profil de personnalité pragmatique ne connaitra pas nécessairement des succès dans des domaines abstraits. La personnalité est un élément déterminant dans le choix de carrière.

-          Intérêts et capacités

Il est fondamental de retenir que, quand les choix sont en alignement avec les intérêts et aptitudes de la personne en question, elle a plus de possibilités d’en exceller. Si le choix se diffère de ses éléments, l’individu a en fait, affrontera un duel depuis son mental jusque dans les pratiques routinières de son choix.

-          Valeurs

Les valeurs sont les vraies motivations de la personne. Pourquoi elle veut embrasser cette carrière. Dans notre culture, des gens choisissent des métiers en fonction de la facilité de l’emploi, question de redorer un certain blason social et économique. Nous n’allons pas oublier cet étudiant cadre dont le leitmotiv est de ne pas étudier pour étudier…il faut des opportunités à travers les études. Gagner de l’argent, innover, détenir un statut social, changer la vie de gens… ce sont quelques valeurs les plus fameuses rencontrées motivant les choix professionnels et de carrière.

Les retombées de choix d’orientation

Les choix ne vont pas sans conséquences dans la vie des jeunes. Nous avons rencontré des professionnels qui sont épanouis, remplis de succès, comblés de joie et d’envie de vivre. Par contre, certains autres font face à une insatisfaction générale manifestée par un dégout et mépris ; une instabilité caractérisée par le désir constant de changer de filière ou de métier, comme si le malheur résiderait de son premier choix de carrière, et de fait, ils changent de carrière professionnelle souventefois. Les personnes qui réalisent avoir mal choisi de carrière professionnelle font face aussi à d’énormes difficultés émotionnelles. Elles sont toujours déçues, stressées, fatiguées, anxieuses et des fois sous-performantes. Ce qui peut indubitablement générer une faible estime de soi, dépendamment du niveau de gravité du problème émotionnel. Et au final, certains décrochent.

Le décrochage nous renvoie à une situation de nivellement particulier. Des étudiants sont encore en classe et se décrochent, d’autres se décrochent tandis qu’ils sont au travail, d’autres encore abandonnent systématiquement. Selon les résultats de notre recherche sur le décrochage universitaire, pour le grade de licence, en 2007, nous avons constaté que 85% d’étudiants décrochés de leurs études universitaires mentionnent qu’ils ont mal choisi leur carrière parmi les raisons explicitant leur problème. De fait, le choix de carrière est d’un rôle prépondérant dans la destinée des étudiants dans leur avenir, même au niveau des études.

Et la volonté de Dieu dans tout cela ?

Parlant de volonté de Dieu, il faut mentionner qu’il y en a deux types. 1- Ce que Dieu veut pour tout le monde, connu sous le nom de volonté universelle de Dieu (salut, soumission, obéissance à ses parents, pureté sexuelle…), et, 2- Ce que Dieu veut spécifiquement pour soi. Il faut se rappeler que la volonté de Dieu commune à tous doit être connue par quelqu’un qui souhaite avoir la volonté spécifique de Dieu pour lui. D’autres auteurs parleraient de volonté permissive et volonté absolue de Dieu.

Pour parvenir à cette connaissance de la volonté spécifique de Dieu, il faut, après la connaissance de la volonté universelle de Dieu, être en accord étroit avec lui la cherchant dans la prière, l’étude de sa parole et aussi il faut les conseils d’autres personnes matures spirituellement apte à vous orienter et aussi vous laisser diriger par les sagesses des circonstances que Dieu draine sur son chemin. Sans avoir une réelle prescription de la connaissance de la volonté de Dieu, il y a lieu de signaler qu’elle ne va pas venir comme d’un conte de fée, ni d’une procédure magique inextinguible. Il faut rester à l’écoute de la voix de Dieu, voilà la clé !

Une alternative de relation d’aide pour l’orientation professionnelle.

L’orientation professionnelle ne sera jamais une question de choix spontané. Elle doit être planifiée et travaillée avec minutie, sagesse et intelligence. C’est un processus qui prend du temps et elle doit avoir pour socle la relation d’aide. Le test d’orientation professionnelle doit être des outils de confirmation ou de rejet de certaines hypothèses, mais pas l’élément déterminant le choix du jeune. Et de fait, nous proposons le modèle suivant en cinq étapes en guise d’accompagnement en orientation professionnelle.

  • 1er temps : S'interroger

C’est l’étape de réflexion sur ses goûts, passions et intérêts spontanés. En ce moment, on discrimine ce qui diffère un jeu, loisir d’une activité professionnelle. C’est aussi le moment de prier et de chercher conseils d’un leader de l’église, de l’institution scolaire ou d’un psychologue d’orientation professionnelle.

  • 2e temps : Échanger

C’est l’étape de dialogue avec son entourage, où vous aurez les supports ou les perplexités de plus d’un. Les parents, les amis, les enseignants, sont quelques-uns des personnages avec qui on peut entretenir ces échanges.  On peut affronter l’encouragement ou le découragement à ce stade, dit-on. Mais la prière est la clé.

  • 3e temps : Explorer, s'informer

On doit à ce niveau procéder à un inventaire de formations et métiers disponibles, d’écoles également et les opportunités offertes par chaque choix. Pour se faire, il faut un accompagnement solide de personnes maitrisant les couloirs et une documentation construites. Et encore à ce stade, il ne faut pas négliger la prière en vue d’avoir le discernement de Dieu pour saisir ce qui va mieux avec sa personnalité.

  • 4e temps : Rencontrer

Il faut chercher à rencontrer des gens, des professionnels, des formateurs, des personnalités… qui pourraient vous aider à ouvrir votre champ. On ne s’imaginera pas combien la plupart des professionnels de grands calibres sont ouverts à accueillir et fournir des conseils aux jeunes développant des intérêts pour ce qu’ils exercent. Il faut sortir et participer à des activités facilitant ces genres de rencontre.

  • 5e temps : (Se) décider

Au final, on décide de son choix. On ne doit pas développer une idée arrêtée comme s’il n’y a plus de possibilité de changer d’option. Par contre, cela ne doit pas être plus qu’une fenêtre, et cela doit apparaitre comme la dernière alternative, en ce sens que vous aurez pris tellement de précautions en faisant le choix. Là encore, il faut prier ! Il faut aussi des conseillers en vue de vous orienter jusqu’à la fine pointe du choix.

Conclusion

Tout compte fait, le problème d’orientation professionnelle reste entier, et nécessite une implication et même un engagement de tous les leaders d’opinion pour en saper. Il est dit « les tests d’orientation professionnelle réunis sont moins experts que l’orienteur, et l’orienteur est de loin moins expert que l’orienté ». Ce qui signifierait que l’acte de choix doit être fait par l’orienté dans une perspective de relation d’aide, car « chacun possède en lui les réponses à ses problèmes ». D’où l’importance de l’algorithme décisionnel, avec une implication et application du fameux « arbre des ICI[1] ». Il est donc nécessaire que chaque adolescent dessine à partir de son choix de carrière et ce qu’il doit faire pour y arriver, étape après étape, et ceci, que l’orienteur soit dans la perspective de John L. Hollande[2] ou non. Il faut que l’orienteur aide l’orienté à découvrir les différentes implications de ses choix, tant du point de vue spirituel, social, économique, de personnalité, …, qu’environnemental. Par contre, le choix doit être celui de celui de l’orienté. Et le choix réside dans les échanges constants de ka relation d’aide, tandis que les aidant/aidé savent pertinemment qu’ils doivent dépendre de Dieu qui les connait mieux qu’eux-mêmes et qui maitrise l’avenir pour un choix juste pour sa gloire.

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie/Webographie

http://www.onisep.fr/Mes-infos-regionales/Paca/Aix-Marseille/Dossiers/Salons-et-Forums-dans-l-academie/Choisir-un-metier-choisir-son-orientation

Louis, Jean Wilner (2011). Orientation professionnelle. Modules de formateur de formateurs. Compassion International – Haïti.

McDowell Josh et Hostetler Bob (2000). La jeunesse. Ses problèmes, leurs solutions. Editions Ministère Multilingue International. Longueil (Québec), Canada.

Meunier, Olivier, (2008). Orientation scolaire et insertion professionnelle. Approches sociologiques. Editions INRP. Université de Lyon, France.

Odéus, Odney Georges (2007). Le modèle administratif des universités et le décrochage des étudiants. Collège Universitaire de Christianville. Mémoire de sortie (non-publiée). Gressier, Haïti.



[1] ICI: Implications de choix initial.

[2] Auteur de la théorie RIASEC: Réaliste, Investigateur, Artiste, Social, Entrepreneur, Conventionnel.