Doctrine de “BAPTEME DU  SAINT ESPRIT’’

Par Odney Georges ODEUS, M.Ed., M.Th.

Un sujet qui fait couler beaucoup d’encre, suscitant des remous et des débats houleux, c’est l’expression de baptême du Saint-Esprit. Certes, c’est une doctrine qui s’installe dans l’église au cours du 20e siècle, mais elle n’est pas de moindre importance, ni exempte de moins d’enjeux que les doctrines de l’élection et de la réprobation. Le livre des Actes des Apôtres particulièrement accorde un terrain fertile à cette doctrine, à partir de la naissance de l’église, cet événement qui voyait accomplir cette prophétie relatée par Jésus, l’ayant transmise par une ordonnance, celle de rester à Jérusalem, question d’attendre ce qui a été promis, savoir le Saint Esprit.

 

Les argumentaires soutenant le baptême du Saint-Esprit.

  1. En Actes 1 :8, il y a eu cette expérience qui a été des plus notoires dans l’histoire de l’humanité. Après que Jésus ait ordonné aux disciples de rester à Jérusalem, attendant l’accomplissement de cette promesse, disant la venue du consolateur. Après que Jésus ait éclairci que Jean a baptisé d’eau, et que dans peu de jours ils seront baptisés du Saint Esprit, il dit « Mais vous recevrez une puissance, le Saint Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre ».  C’est l’une des premières mentions de l’expression baptême du Saint Esprit. Il a été adressé à des personnes qui connaissent Jésus, qui étaient avec Jésus, qui voyaient et accompagnaient Jésus faisant des miracles, qui à leur tour faisaient des miracles suivant l’ordonnance de Jésus (Matthieu 10). C’était donc des personnes qui connaissaient Dieu, non intellectuellement, mais de façon expérientielle. Et de fait, c’était le jour de la pentecôte, le Saint Esprit était venu. Cette promesse a été réitérée en Luc 24 :49, et c’est un point défendu par Dr James Henderson, dans « le baptême par le Saint Esprit ».

 

  1. A l’effusion du Saint Esprit, ils parlaient en d’autres langues, leurs actes s’accompagnaient de miracles, et la Bible déclare qu’ils sont remplis du Saint Esprit (Actes 2 :4). Cette dernière déclaration renvoie à la compréhension qu’ils n’en avaient peut-être pas encore, ou qu’ils n’en avaient pas assez. Toutefois, ce fut un signe du baptême du Saint Esprit, selon donc la théologie pentecôtiste. Il est à signaler que les disciples étaient nés de nouveau bien avant le jour de la pentecôte. Disons mieux que cet événement est postérieur à leur conversion, ou du moment qu’ils ont répondu à l’appel du Seigneur.

 

  1. Il est enseigné dans les dogmes de cette frange religieuse que les chrétiens doivent passer du temps dans la prière, pour demander à Dieu cette bénédiction, ce que le Dr Patrick appelle une nouvelle dimension, en puissance et en grâce. Leurs ministères s’accompagnent de parler en d’autres langues, de guérison divine, de miracles, de conversions à profusion, et tant d’autres activités spirituelles. Nous savons ou reconnaissons nombre de pasteurs, d’évangélistes, d’apôtres, disons de ministres religieux qui sont passés par ce chemin, et leurs ministères sont de plus en plus florissants.  A la vérité, cette marque est semblable au ministère des disciples de Jésus, qui ont vu croitre leur ministère suite à l’effusion du Saint Esprit le jour de la pentecôte (Actes 2 :43). On se rappelle que 3,000 âmes étaient venues à Christ en ce jour (Actes 2 : 41).

 

  1. Baptiser du/dans le Saint Esprit apparait à maintes reprises dans le livres des Actes des apôtres.

 

« Mais, quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du nom de Jésus Christ, hommes et femmes se firent baptiser. Simon lui-même crut, et, après avoir été baptisé, il ne quittait plus Philippe, et il voyait avec étonnement les miracles et les grands prodiges qui s'opéraient.Les apôtres, qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, y envoyèrent Pierre et Jean. Ceux-ci, arrivés chez les Samaritains, prièrent pour eux, afin qu'ils reçussent le Saint Esprit. Car il n'était encore descendu sur aucun d'eux ; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint Esprit. » (Actes 8 :12-15).

 

Ce texte est bien évidemment une preuve flagrante d’une effusion du Saint Esprit qui est postérieure à la conversion des gens. Certes, ces habitants de Samarie ont reçu et accepté Jésus comme leur Seigneur, mais ils n’ont pas eu le Saint Esprit si ce n’est à la touchée des apôtres. Certaines gens parlent d’une question de dimension de l’Esprit. On voudrait dire que le Saint Esprit est donné en proportion, dépendamment du niveau de la personne. D’autres voudraient croire que le Saint Esprit ne peut ne pas donner à la conversion, ni il ne peut être donné à demi-mesure. Cependant, dans le cas des chrétiens de Samarie, ils n’avaient pas encore reçu le Saint Esprit.

D’autres exemples sont à considérer dans le cadre du baptême du/dans le Saint Esprit. Paul à Ephèse a touché les gens pour qu’ils reçoivent le Saint-Esprit, en Actes 19, et ils ont parlé en d’autres langues… « Alors Paul dit : Jean a baptisé du baptême de repentance, disant au peuple de croire en celui qui venait après lui, c'est-à-dire, en Jésus. Sur ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Lorsque Paul leur eut imposé les mains, le Saint Esprit vint sur eux, et ils parlaient en langues et prophétisaient» (v 4-6).

Autant donc dire, il y a plein de fondements de penser à la nécessité d’un baptême du Saint Esprit, ou à un baptême qui est différent du baptême d’eau, tel que relaté en Actes 11 : 16. Cependant, cette doctrine ne fera pas l’unanimité dans le secteur évangélique, et est contestée par plus d’un, surtout les calvinistes !

 

Argumentaires contre le baptême du Saint Esprit.

Wayne Grudem qui est un opposant à la doctrine du baptême du Saint Esprit, présente comme premier argumentaire, qu’il faut comprendre l’expression du baptême du Saint Esprit autrement. Il essaye de dire que Paul, en 1 Corinthiens 12 : 13 explique que nous sommes devenus membres du corps de Christ lors de notre conversion, car selon lui, l’autre expérience de suite ne signifie pas que c’est postérieur que le Saint Esprit est effusé (2010, pp. 844-845). Il soutient que les textes mentionnés en haut pour la thèse pro baptême du Saint Esprit, ne peuvent pas confirmer un tel baptême, mais de préférence, ils soutiennent un baptême dont Jésus est l’auteur, et le Saint Esprit est un moyen. Toutefois, il supporte l’idée que le baptême du Saint Esprit a lieu au moment même de la conversion. Il soutient que « le baptême du Saint Esprit fait référence aux activités du Saint Esprit, au début de la vie chrétienne, lorsqu’il nous communique une vie spirituelle (par la régénération), nous purifie et marque une rupture nette avec la domination et la vie du péché. » (p. 845). Il écarte par là toute possibilité pour qu’il y ait un événement postérieur, ou une expérience quelconque que l’on appelle le baptême du Saint Esprit. D’ailleurs, personne ne peut se donner le Saint Esprit, si ce n’est le père qui le lui donne.

Le deuxième argumentaire de Grudem renvoie à cette signification du jour de la pentecôte qui marque une transition entre l’œuvre du Saint Esprit dans l’Ancienne Alliance et de la Nouvelle Alliance. Il soutient que le Saint Esprit était à l’œuvre dans l’Ancien Testament. Dieu l’avait accordé à des personnes particulières pour l’exercice de tâches précises. Ce qui est en fait clairement enseigné dans des passages remontant même à la présence du Saint Esprit lors de la création. Il est dit en Genèse que l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux (1 :2). Nombre 11 relate que l’Esprit de Dieu était accordé à Moïse, aux membres de son peuple, lors de la construction du temple, Dieu accorda son Esprit sous forme de sagesse et de science à nombre d’artisans en Israël selon 2 Chroniques.

Un autre argumentaire assez important réside dans le fait que Jésus recevait le Saint Esprit lors de sa conversion (Matthieu 3 : 17), sous forme d’une colombe, avec la mention que « celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j’ai mis toute mon affection ». Pourtant, suite à son jeûne et sa tentation, Jésus était rempli de la puissance du Saint Esprit, relate Luc, et opérait des miracles, chassait des démons, il présentait même une autorité étrange au peuple jusque-là. Cette expérience de Jésus est d’une importance cruciale, dans la mesure où nous ne pouvons soutenir que Jésus n’avait pas le Saint-Esprit dans sa vie, et qu’il en aurait cherché par le jeûne, ce qui l’aurait de fait qualifié à exercer son ministère avec tant d’éclats. Ce serait une aberration de notre modeste compréhension. Mais, il est important de questionner la finalité de cette partie dans les Saintes écritures, ce que Jésus voulait par-là enseigner.

Grudem (2010, p. 848), soutient que c’est un passage, une transition dans la vie ministérielle du Seigneur, et que le jour de la pentecôte aurait cette même signification. C’est une transition vers une plus haute maturité, plus de responsabilité, étant donné que le Maitre s’en va, comme c’était annoncé par le prophète Joël. Il soutient que c’est la porte d’entrée de la nouvelle dispensation.

Un argumentaire calviniste, (en Grudem, 2010, p. 851), est cette explication que d’autres expériences post-conversions ne peuvent soutenir la thèse d’un baptême du Saint Esprit, que ce soit l’expérience des Samaritains en Actes 8, l’expérience de Corneille en Actes 10 ou des disciples à Ephèse en Actes 19. Il pense que le baptême du Saint Esprit ne figure dans aucun texte, ce qui est aussi valable pour la terminologie ‘’Trinité’’, pensé-je. Il énonce l’approche de certains théologiens qui croient que dans l’expérience des Samaritains, ce qui cloche est que ce peuple-là n’était pas animé de la foi salvatrice. Ce qui aurait signifié que les Samaritains n’étaient pas encore sauvés à ce moment crucial. Par contre, Grudem croit que c’est Dieu qui, dans sa providence, souhaite que les Samaritains aient une nouvelle expérience, qu’ils acquièrent une nouvelle dimension, justement pour prouver aux tenants de l’église que Dieu ne fait acception de personne, disons que tous sont égaux dans le royaume de Dieu.

La réalité d’Actes 10 est interprétée par Grudem par un manque de conviction de la foi de Corneille. Il n’avait peut-être pas la foi salvatrice (p. 852). Ce qui renverrait aussi à dire que Corneille n’était pas encore sauvé, pas par une approche simpliste, mais par une extension de compréhension et de logique. Ne pas avoir la foi salvatrice, implique avoir une foi théorique, mais ne connaissant pas réellement Dieu. C’est la même approche de la connaissance intellectuelle de Dieu et la connaissance expérientielle de Dieu.

Grudem interprète finalement Actes 19 comme un fait où les croyants n’avaient pas une véritable connaissance de l’évangile du salut, si ce n’est pas une connaissance intellectuelle, une connaissance théorique, et qu’ils avaient besoin de ce baptême du Saint Esprit.

Nous remarquons que les thèses ne cessent de s’amplifier de part et d’autre dans chacune des positions, et que les antagonistes ne sont pas sur des pistes de trouver un lieu commun, ce que nous appellerions une entente. Au fait, ce qui est le plus important est ce que cela implique dans la vie de l’église, dans notre vie comme ouvrier dans le champ  de Dieu.

 

Implication dans la vie de l’église

Parler de la doctrine du Saint Esprit est en fait, une nécessité cruciale dans la vie de l’église. Il n’y va pas de la dépendance d’une appartenance religieuse. Certains secteurs pensent qu’il faut parler de l’œuvre du Saint Esprit, d’autre de la dispensation du Saint Esprit, d’autres encore du baptême du Saint Esprit, et d’autres encore de manifestation du Saint Esprit ou de l’opération du Saint Esprit. Ce qui importe le plus, c’est que le Saint Esprit est à l’œuvre dans l’église, et que les chrétiens doivent en être surs !

La première nécessité au niveau de la doctrine du Saint Esprit est sa connaissance comme Dieu. Quand, au moment de la création, la Bible dit ‘’Dieu créa’’, cela implique catégoriquement la trinité. D’ailleurs, le contexte linguistique hébraïque traduit Dieu par ELOHIM, qui est Dieu au pluriel, l’associant au verbe au singulier ‘’BAHA’’. Ceci signifie que l’œuvre de la création implique : et le père, et le fils, et le Saint Esprit. Donc, il est d’une importance de premier niveau d’enseigner le Saint Esprit dans nos églises, et que les fidèles comprennent exhaustivement ce que c’est.

Un autre niveau d’implication de cette doctrine dans nos églises est l’aspect de promesse de Jésus du Saint Esprit. Il a promis aux disciples de leur envoyer un consolateur, le Saint Esprit, devant venir après lui. D’ailleurs, juste avant son ascension, au moment d’énoncer la grande commission, il a déclaré être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Matthieu 28 : 20). Et cette façon de demeurer avec nous c’est par le Saint Esprit. Paul écrit un peu plus tard que notre corps est le temple du Saint Esprit qui habite en nous (1 Corinthiens 6 :19). Donc, il est important de savoir et reconnaitre comment le Saint Esprit est en œuvre dans notre vie étant chrétien.

En Actes 2 :38, il est écrit : « Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit ». Certes, la présence du Saint Esprit dans la vie du chrétien est établie au moment de sa régénération, mais il y a une question de maturité, un certain nivellement qui conduit le chrétien à réaliser des activités extraordinaires poussées par le Saint Esprit. Tel fut le cas pour certaines gens dont le Saint Esprit a été communiqué ultérieurement de façon spéciale, par l’imposition des mains des apôtres, selon Actes 8, à Samarie. Nous croyons que c’est une bénédiction d’avoir atteint le niveau où on travaille pour Dieu, suivant une grâce spéciale, qu’elle soit listée parmi les dons ouvertement exprimés dans la Bible ou non !

Nous avons constaté des personnes qui ont cherché dans la prière et le jeûne, à avoir cette bénédiction particulière, telle que appelée par Grudem. Ils ont eu la possibilité d’en jouir pleinement après en avoir trouvé. Des personnes ont eu un passage ministériel florissant dans le monde, avec cette bénédiction particulière de baptême du Saint Esprit, et pourquoi ne pas le rechercher alors ?

Etant littéralement inscrit dans le Nouveau Testament et préalablement énoncé par Jésus lui-même en promesse de sa venue (Actes 1 :4, 5), et aussi insinué par Jean-Baptiste (Matthieu 3 :11), nous pensons qu’il faut avoir le courage d’enseigner le Saint Esprit dans son tremplin dans les églises. Il faut enseigner le baptême, sans nous référer à une certaine sphère d’interprétation sclérosée, empêchant à l’essence de faire son petit bonhomme de chemin. Le Saint Esprit doit être enseigné autant que la nécessité du Salut. Nous ne pouvons rien faire en dehors du Saint Esprit.

Il est écrit que nous ne pouvons rien faire sans Dieu (Jean 15 :5), et que le Saint Esprit habite en nous (2 Timothée 1 :14). Or, le Saint Esprit est un avec Dieu et Jésus, d’ailleurs, les trois forment un seul Dieu trinitaire. Il en déduit que nous menons notre vie chrétienne par le Saint Esprit !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

Grudem, W. (2010). Théologie systématique. France : Edition Excelsis. (pp.840-865).

Guillaume, J.-C. Comment recevoir le baptême dans le Saint-Esprit ? En ligne le 11 Octobre 2013 sur : http://topchretien.jesus.net/topmessages/view/523/comment-recevoir-le-bapteme-dans-le-saintesprit.html

Guyot, L. Le baptême du Saint Esprit. En ligne le 11 Octobre 2013 sur : http://www.pasteurweb.org/Etudes/BaptemeEtDonsDeLEsprit/BaptemeDuStEsprit.htm

Henderson, J. Le Baptême par le Saint Esprit. En ligne le 30 Septembre 2013 : http://africa.wcg.org/resources/french/articles/images/19.pdf