Ce lundi 3 août 2015.

Chers frères et sœurs, compatriotes haïtiens,

Je sais que, pour certains, je ne suis pas la meilleure personne à vous adresser cette correspondance, en de raison de ma jeunesse. Mais je crois que j’ai vécu assez dans cette société haïtienne handicapée, martyrisée, maltraitée, pour attirer votre attention sur la cause de nos angoisses et amertumes. Je ne suis pas un actif politique, mais un observateur critique, intéressant à la vie de la cité, donc pas un passif non plus. Je suis né vers la fin du règne des Duvalier, mais j’étais conscient lors fièvres électorales de 1990, des sordides discours du charismatique leader qui imprégnait l’esprit de l’haïtien typique, même lorsque j’étais en 1ere année fondamentale, et j’ai vécu les déceptions électorales que connait le pays jusqu’à la venue du chanteur-président ; oui chanteur-président tel que mentionné sur TV5.

Nous, haïtiens, sommes à un carrefour saillant de notre existence, où nous devons endosser les 5, 10, 20, 40, 80, … années à venir, en choisissant de remplir nos devoirs civiques, ou de mépriser notre futur par le choix de ne pas acquitter ces responsabilités. Je crois que fermement que nous aurons à rendre compte de tout, selon notre choix. Et, sera-ce notre vie au quotidien!

J’ai observé un texte de la Bible qui m’a conduit à la conclusion que je vais partager avec vous. Tout pouvoir vient de Dieu ; le cours de l’histoire relève de la volonté de Dieu, mais certains choix de nos leaders sont pour notre malheur. Dieu permet certaines choses, mais elles ne sont pas nécessairement de sa volonté. Quand Israël devait avoir un roi, il demandait à Samuel le Prophète un roi. Et Dieu enseignait à Samuel de donner un roi au peuple, stipulant que c’est lui, le Dieu qui leur a délivré de l’empire des Pharaon que le peuple rejette. Dieu a choisi Saül, mais pour le malheur du peuple, car il a dit auparavant ce que le roi ferrait d’eux et de leurs enfants (I Samuel 8 :6-20). Voilà donc l’ignominie que je constate régner sur le pays depuis environ 25 ans.

J’ai entendu pas mal d’haïtiens dire qu’ils ne vont pas voter en faveur de personne, car les candidats sont tous des voleurs, …. A tel enseigne, lors des élections menant le dernier président en date au pouvoir, à peine 1million d’haïtiens ont voté, et le président était passé avec environ 700,000 votants. Croyez-moi fermement, ils ont raison. Ils ont raison, car les hommes sérieux refusent de faire la politique active, parce qu’ils savent que le peuple croit que ses dirigeants ne doivent pas être sérieux, il croit que le pouvoir est fait pour les corrompus, il croit qu’un homme sérieux ne peut être intéressé à une si sale et sordide besogne, le peuple ne va pas voter les hommes sérieux. J’ai personnellement connu des hommes sérieux se portant candidats, mais ils n’ont jamais eu la bénédiction des votants. Malheureusement !

J’ai aussi entendu des haïtiens dire qu’un tel ne passera pas, car il n’a pas d’armes pour mener cette lutte, ou il n’a pas d’argent, ou il va faire fortune… et ils décident de voter celui qui part gagnant, et après, ils gagnent les rues pour demander leur départ ou démission. C’est normal, car on les a voté en raison de leur manque de sérieux, parce qu’ils sont des incapables, des vagabonds, etc. Donc, nous serons toujours déçus.

J’ai vu dans cette société haïtienne que l’on récompense les gens qui ont rendu des ignobles services à la patrie. Des gens devant être derrières les barreaux sont élus sénateurs de la république, députés du peuple, et même président, car ils disent vouloir ces gens pour ce qu’ils ont fait, pour les motifs dégradants, pour les bêtises de leur passé faisant leur gloire aujourd’hui. Malheureusement !

Mes chers frères et sœurs compatriotes, je crois qu’il est temps de comprendre ce complot qui est monté à notre encontre :

-          Je veux vous rappeler que ce sont vos taxes qui paient les voleurs et vagabonds que vous regrettez souventefois d’avoir choisi, et que vous avez droit de choisir de bons profils pour vous diriger.

-          Je veux aussi vous rappeler que c’est l’argent de vos poches qui paient ceux-là qui vous abusent, qui vous méprisent et qui vous bêtisent.

-          Je dois vous rappeler que vous tous, vous payez des taxes. Par exemple, quand vous achetez 5 gourdes de « pap padap » ou autres, vous ne recevez pas 5 gourdes, car on déduit 10% de taxe sur votre achat. Payer les taxes n’est pas une question des salariés, d’entrepreneurs, mais de tous. Les pains que vous consommez, les charbons, le riz, le maïs, tout ce que vous consommez et les services que vous bénéficiez font entrer de l’argent dans les poches de vos dirigeants, qui n’ont même pas la décence de vous servir dignement et en contrepartie de vos contributions.

-          Je veux vous rappeler que vous ne disposez d’aucun service. Si vous ne comprenez pas ce qui se passe, allez dans les hôpitaux, et vous verrez combien vous serez méprisés si vous ne disposez pas de fortes sommes d’argent. Les centres hospitaliers d’Etat sont pires au regard ce tableau que j’essaie de découvrir partiellement.

-          Je voudrais vous rappeler que vous n’avez aucune infrastructure. Si vous ne comprenez pas, essayez d’avoir une urgence en pleine nuit, essayez d’aller à la Banque, essayez d’aller dans une école sérieuse… et comparez le tout avec ce que vous pouvez au moins voir à la télévision ou dans les films dans d’autres pays, si vous ne pouvez pas voyager à l’étranger.

-          Je veux vous rappeler que nos ressortissants de l’école secondaire sont de plus en plus médiocres. Si vous ne comprenez pas cela, essayez de trouver un adulte ayant tout simplement complété son brevet dans l’ancien temps et le comparez à un élève moyen ayant bouclé son baccalauréat en 2015. Pas si loin, car serait-ce pernicieux un tel exercice, donne au finissant de terminal une dictée, et vous allez voir !

-          Je veux attirer votre attention sur l’insécurité qui bat son plein dans le pays, on ne peut circuler dans les rues de la capitale ou des villes régionales et même en camionnette sans être cible de bandits circulant à pieds, à moto, ou autres, mais regarder combien de cordons de sécurités assurant le service de ceux que vous, vous appelez des voleurs et que vous avez mis au timon des affaires, en les votant ou en restant chez vous sans voter les gens sérieux. Leurs voitures blindées sont à bon marché, n’est-ce pas ?

Mes concitoyens, je crois que nous avons tous honte, à un niveau ou à un autre, de l’administration de notre pays. Nos représentants ne sont généralement pas à la hauteur de leur tâche. J’ai le regret d’entendre des candidats à la députation ne sachant pas le rôle d’un député, d’autres ne connaissant pas les limites de leur circonscription, d’autres encore ne connaissant même pas l’hymne national… hélas ! Ils veulent pouvoir légiférer, et malheureusement ils sont la plupart du temps les plus populaires. Des fois ils disent savoir gagner des élections. D’autres disent « tan pou mwen pa chèf, ma pito dòmi devan kabann chèf ».

Mes compatriotes, nous vivons une période critique et sombre de notre histoire, où nous devons prendre des décisions salvatrices, pour le bien du pays. Nous constatons tout ce qui se passe sur la scène internationale, et l’opium de la relation haïtiano-dominicaine est déjà une gangrène qui nous surpasse. Nous avons besoin de leaders intègres et honnêtes pour nous représenter valablement, ayant le courage de défendre nos valeurs et notre identité.

Montesquieu a enseigné un ensemble de considérations pour écrire des lois pour un peuple. Il a envisagé les paramètres culturels, climatiques, sociologiques, économiques… est-ce que votre candidat est à la hauteur de cette tâche à lui conférer?

Quelle est sa politique en éducation, en santé, en environnement, … ? Répondent-elles aux besoins de l’heure ? Est-ce une personne à conviction, ou un « abolotcho », un « grenn senk » qui recherche là où logent le lait et le miel ? Quelle est son histoire politique ? Quelle est son idéologie ? Quelle est sa conception de la famille ? Où est-ce qu’ils mettent leurs enfants à l’école ? Où est-ce qu’ils consultent des médecins ? Où résident leurs familles ? Dans quelles banques logent leurs comptes ? Je n’ai pas à vous proposer des candidats, mais j’ai à vous rappeler que le destin du pays dépend de nous.

Nous, peuple haïtien, nous devons refuser d’apposer notre signature sous l’acte de notre damnation lors de ces élections. Nous croyons que nos choix doivent être intelligents et responsables. Cela vous dira quoi de voter pour un « Hyppolite » et de passer cinq années dans la crasse ?

Nous devons cesser d’être hypocrites en votant des hommes et femmes dignes de nos votes. Nous ne pouvons pas passer toute notre vie à donner des chèques en blancs aux pillards, qui viennent consolider une hégémonie mafieuse. Nous devons cesser de contribuer à la construction d’un empire qui nous emmènera en exil à l’intérieur de chez nous.

Néhémie a encouragé les Juifs d’alors à se battre pour les leurs, et moi je vous invite à lutter pour vos femmes, vos maris, vos enfants, vos parents, vos terres, vos biens, vos valeurs, votre identité, … et tout ce que les sangsues s’arrangent pour vous ravir.

Frères, sœurs, compatriotes haïtiens, sachiez que cette terre nous appartient, et que nous avons la responsabilité de l’organiser. Développer notre pays passera par des décideurs capables. Est-ce pourquoi, j’interpelle tous à prendre un moment de méditation, pour demander à Dieu de vous aider dans ce choix difficile. Vous devez choisir de bons leaders, des gens responsables !

Allez et votez, question de ne pas être parmi les destructeurs de cette nation !

 

 

Odney Georges ODEUS,                                                                                                                                citoyen haïtien