Histoire du Mouvement de la Restauration

par Odney Georges ODEUS, M.Ed., MTS

Introduction

Nombre de mouvements, pour des raisons bien diverses, sont dissidents de la réforme. Soit pour une contextualisation de certaines doctrines enseignées à une réalité particulière, soit par une interprétation exclusive des saintes écritures, ou soit par un motif d’intérêt particulier. Et de fait, nait le mouvement de la restauration, donnant naissance aux Eglises chrétiennes (ci-avant, l’Eglise du Christ), et qui aujourd’hui sont légion à travers le monde. La méconnaissance de ce mouvement saute aux yeux, alors que la présence des Eglises chrétiennes s’impose dans les contrées et régions. Son enseignement et ses pratiques deviennent de plus en plus pertinents dans le milieu, au point de susciter des débats considérables dans la sphère protestante. D’où la nécessité de travailler sur ce sujet qui demeure actuel et de voir comment ce mouvement a su contribuer à l’émergence du christianisme à travers le monde.

  1. Les débuts du mouvement de la Restauration

Ce n’est qu’au XVIIe siècle que l’on commence vraiment par remarquer cette nouvelle Eglise que l’on appelle de nos jours « Eglise chrétienne ». Phillips (1975) a pu écrire « En 1669, pendant le règne de Charles II, il existait huit assemblées de l’Eglise du Seigneur au Nord-Ouest de l’Angleterre » et selon McCoy (2007), il existait un vieux registre qui remonte à 1669 explicitant que les pratiques de ces congrégations de frères et sœurs, telles que le baptême par immersion, célébration de la cène chaque jour et leur direction était assurée par des Anciens et des Diacres. Ce qui leur a valu le nom de l’Eglise du Seigneur.

Ces Eglises étaient répandues à travers le monde. Elles commençaient par des mouvements isolés et indépendants. Leur enseignement était centré sur le Nouveau Testament, en recherchant à revenir au plus fidèlement possible, aux pratiques de l’Eglise primitive, tant du point de vue de vue de doctrine, d’ordonnance, d’adoration, d’organisation que de nom. (McCoy, 2007)

Et de fait, ces congrégations isolées, se rejoignent dans leurs croyances communes, et nous listons l’essentiel de leur doctrine, tel que relaté par McCoy (2007) :

-          Ils reconnaissent que l’Eglise était bondée de traditions humaines.

-          Ils croyaient que les credo dépassaient le cadre de la parole de Dieu.

-          Ils pensaient que le culte traditionnel est trop formel.

-          Ils pensaient que le clergé est trop porté sur le professionnalisme, trop autoritaire, tyrannisant l’Eglise, trop intéressé par les avantages matériels.

-          Ils croyaient que l’Eglise devrait avoir un fonctionnement démocratique et que les assemblées locales doivent être autonomes.

-          Ils rejetaient tout lien possible entre l’Eglise et l’Etat.

-          Ils n’avaient pas l’intention de s’unir en une seule congrégation.

-          Ils désiraient uniquement être en bons termes avec Dieu.

La Restauration arrive dans un moment crucial de l’histoire du monde, de l’Amérique particulièrement. Il a été ordonné d’apporter l’évangile, la religion occidentale pour le mieux, dans les colonies américaines. L’Amérique était devenue de fait un vaste champ missionnaire. Les raisons de cette « religionisation »  de l’Amérique se résument en cinq points fondamentaux, dont seuls les efforts missionnaires ont échoué (McCoy, 2007) :

1-      Convertir les autochtones ;

2-      Contrebalancer le pouvoir mondial de l’Espagne ;

3-      Etendre le pouvoir et les possessions de l’Angleterre ;

4-      Protéger leurs propres terres ;

5-      Et Améliorer la condition économique de l’Angleterre par le commerce et par la réduction de la surpopulation.

Le gros du constat est que ceux qui s’y émigrent pour la liberté religieuse se voient persécuter. C’est l’époque de grande persécution des Baptistes et des Quakers, et cela remonte au début des années 1700 (ibid). A titre d’exemples, nous pouvons considérer deux événements historiques montrant combien l’Eglise d’Angleterre régnait sur les colonies d’une main de fer :

1-      En Mars 1624, l’Assemblée de la colonie de Virginie décida que tout citoyen devait assister le dimanche aux offices de l’Eglise anglicane, sous peine de payer comme amende une livre de café pour un office ou 50 livres pour un mois d’offices. De là, une obéissance soumise est recherchée.

2-      En 1632, au nom de l’unité, l’Assemblée vota l’acte de conformité selon lequel tous les officiants doivent se conformer aux ordres de l’Eglise d’Angleterre, en n’enseignant aucune autre doctrine, ni en public, ni en privé. (ibid)

 

  1. les premiers conducteurs (initiateurs) du Mouvement de la Restauration (James O’Kelly ; Elias Smith ; Abner Jones…)

Tout mouvement détient indubitablement un ou des initiateurs. N’était-ce la bravoure de Martin Luther, lui qui a osé, en 1517, publié ses 95 thèses. Après, viennent les autres figures emblématiques de la Réforme qui, par leurs considérables efforts, nous lèguent le protestantisme, un christianisme dit évangélique. Ainsi, la Restauration compte des initiateurs, eux qui ont donné forme à ce mouvement. Et de fait, on va brièvement explorer ces auteurs et tenants.

  1. James O’Kelly (1735-1826)

Il s’était fait remarqué par une opposition à Asbury Francis, l’un des deux surintendants de l’Eglise Méthodiste. Il est connu comme un Méthodiste zélé et vigoureux, et quelqu’un qui s’adonnait à la prière et le jeûne.

Il était fasciné par les prédicateurs Méthodistes, particulièrement John Wesley qui parvenait à la conclusion suivante « nous serons tous tout simplement des chrétiens ». James est devenu un fameux prédicateur et là où il enseigne, Asbury est considéré comme un tyran. D’ailleurs, sa formule « payez, priez, obéissez » ne plaisait pas à son auditoire.

A la convention de Baltimore, James introduisit une motion accordant aux prédicateurs le droit d’appel s’ils n’aimaient pas les conditions d’un poste assigné. Sa proposition est rejetée. Il faut entre autre signaler qu’Asbury a laissé l’Eglise Méthodiste. Et plus tard, James et ses partisans allaient divorcer d’avec l’Eglise Episcopale Méthodiste pour former l’Eglise Méthodiste Républicaine (McCoy, 2007).

A leur prochaine rencontre en 1794 à Old Lebanon, un comité de sept hommes fut monté pour écrire un plan de gouvernance ecclésiastique. Ils décident de mettre de côté les écrits des hommes et de se baser sur la Bible seule. Rice Haggard se mit debout, la Bible en main, et dit « Frères, ce livre suffit comme règle de foi et de pratique. Il nous dit que les disciples furent appelés chrétiens. Je propose que désormais, et à jamais, les disciples de Christ soient connus tout simplement sous le nom de chrétiens » (Powell, 1987, p.29). C’est ainsi que nait la sécession de O’Kelly, donnant naissance à l’Eglise chrétienne, construite sur cinq principes cardinaux fondamentaux :

1-                  Le Seigneur Jésus-Christ est le seul chef de l’Eglise.

2-                  Le nom « chrétien » exclut en soi tout nom sectaire.

3-                  La sainte Bible, les écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament, constitue notre seul credo, une règle de foi et de pratique qui nous suffit.

4-                  Le caractère chrétien, ou la piété vitale, est le seul test de fraternité et d’appartenance à l’Eglise.

5-                  Le jugement privé et la liberté de la conscience, c’est là le privilège et le devoir de tous. (West, 1990, pp. 7-10).

C’est en 1801 que les Méthodistes Républicains changèrent leur nom en « «Eglise Chrétienne », en vue de s’identifier plus étroitement  au nom donné aux disciples en Actes 11 :26, Actes 26 :28, et 1 Pierre 4 :16. Ce groupe fut dirigé par James O’Kelly.

  1. Elias Smith (1769-1846)

La Restauration croissait dans le Nord des Etats-Unis. Et Smith se distingua dans cette contrée. Jeune garçon du temps de la révolution, grandissant avec l’idéal de la liberté de son cœur, il commença à réfléchir sur le péché dès son jeune âge. Et de fait, il s’opposait au credo humain. D’ailleurs, il fut aspergé contre son cœur pour être membre de l’Eglise de la « Congrégation de la Nouvelle Lumière ».

En 1789, il commençait à étudier la parole de Dieu en profondeur, sur le baptême précisément, et parvint à conclure que seul un croyant peut être baptisé, et ceci par immersion, mode unique de baptême biblique. Il baptisait des gens dans le Connecticut, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et les baptistes le considéraient tout simplement comme un chrétien mais pas encore un baptiste (McMoy, 2007), car pour y être, il faut 4 conditions :

1-      Donner une raison de son espérance en Christ.

2-      Etre baptisé.

3-      Approuver les Articles de la Foi et l’Alliance de l’Eglise.

4-      Etre reçu par vote des membres.

Ce qui a été fait, mais quelques années plus tard, il contestait la doctrine calviniste d’élection particulière. Il se préparait à être prédicateur baptiste. Mais en 1801, il commença par contester des enseignements baptistes, ce qui lui a valu la foudre de ces frères, car il avança des enseignements contraires à la foi baptiste. Et, après une étude approfondie de la Bible, il écrivit ce qui suit :

Dans ma 24e année, je vins à croire qu’il existerait dans ce pays un peuple portant un autre nom que celui porté par les différentes dénominations ; mais je ne pouvais dire ce que serait ce nom. Au Printemps de l’an 1802, ayant rejeté la doctrine de Calvin et celle de l’universalisme, je sondais les écritures à la recherche de la vérité, et je trouvai le nom que les disciples de Christ devraient tous porter : le nom « chrétien » (Actes 11 :26). (West, 1990, p.13)

 

  1. Abner Jones (1772-1841)

Contemporain de Smith. Il ne fut pas religieux jusqu’à 20 ans. Au Printemps de 1793, il fut baptisé et devenu baptiste. Il étudia la Bible et tomba en total désaccord avec le calvinisme. Il fut donc rejeté par les Baptistes (McCoy, 2007). Médecin, il ferma son cabinet pour la prédication de l’évangile. Il fonda alors des Eglises à Vermont et dans le New Hampshire, des Eglises chrétiennes, de fait.

 

  1. les grands hommes du mouvement de la Restauration (Bartone W. Stone ; Thomas Campbell ; Alexander Campbell…)

Les figures emblématiques du mouvement de la Restauration sont surtout Stone et les Campbell. Leurs travaux sont marquants et donnent réellement le ton à l’expansion du mouvement. Ainsi, nous allons explorer chacun de ces trois figures de proue et leur quotte part à l’émancipation de ce mouvement.

  1. Barton Warren Stone (1772-1844)

Auteur de cette fameuse déclaration « depuis mon plus jeune âge, je respirais l’esprit de liberté ». Après la guerre, tandis que le clergé retourne en Angleterre, Stone se consacra à l’étude de la Bible, suite à la décision de s’instruire. A 18 ans, il est à l’Académie de Guilford dont le professeur est un presbytérien. Et suite à la conférence de McGready, une cinquantaine d’étudiants se faisaient presbytériens, et c’est après la deuxième conférence de McGready, alors que Stone était encouragé d’en suivre par un ami, il se montrait pour une nouvelle fois intéresser par la religion (Stone, 1847, p.121).

Il contesta les idées calvinistes de McGready, et se joigna à William Hodge, qui prêcha l’amour de Dieu, et qui le baptisa plus tard. Et après son mariage avec Eliza Campbell, il organisa une réunion dans le Kentucky où des participants de dénominations diverses venaient étudier la Bible. Tandis que des prédicateurs conjuguaient des efforts de ralliement à Stone, ses messages sur la nécessité aux pêcheurs de se tourner vers Christ, la foi comme condition de salut, l’universalité de l’évangile, attirent la foudre de certains baptistes et presbytériens, qui le traitaient d’hérétique (Stone & Rogers, 1847, p.45). Stone, par opposition à la doctrine de Calvin, enseigne que l’évangile est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, selon Romains 1 :16, et de fait, soutient-il, la doctrine de la dépravation inhérente, de l’élection et de la réprobation, présente en soi un biais. De là, il organisa cette rencontre à Cane Ridge au Kentucky, donnant naissance à cette Eglise nommée « chrétienne », où la Bible est la seule source de leur foi. Leur motto à cette assemblée est : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Actes 5 :29) ; … Nous devons nous examiner nous-même pour voir si nous sommes dans la foi enseignée dans la parole de Dieu (2 Cor. 3 :5a).

Stone se retirait du synode du Kentucky après des années de prédication pour eux. Lui et deux autres frères, fondèrent le presbytère de Springfield qui n’a survécu que pendant neuf mois, pour être dissolu suite au constat de ne pas être dans la volonté de Dieu, car il favorisa un certain esprit de parti. Stone divorça d’avec les presbytériens, devant eux il déchira le contrat salarial qui le lia avec eux, libéra les esclaves et choisît de travailler la terre dans ses fermes, la plupart du temps de nuit, pour prêcher le long de la journée (West, 1990, pp. 26-27).

Examen du baptême

Stone qui croyait au baptême par aspersion, l’abandonnait suite à une étude du baptême. Il croyait au final que l’immersion était fondamentale pour le pardon des péchés. A ce niveau de compréhension, Stone et ses associés se baptisèrent mutuellement, et ils baptisèrent aussi les membres de leur congrégation (West, 1990, pp. 29-30).

Entre temps, le mouvement accuse une digression. Survint le shakerism qui part avec deux éminents signataires de la dissolution du presbytère, et deux autres faisaient leur retour aux presbytériens. De fait, les shakers prônent que Anne Lee, la fondatrice, était Christ apparu sous forme de femme. Ils :

1-      Maintenaient que le mariage était un péché et qu’il fallait dissoudre tout mariage existant,

2-      Annonçaient que les shakers ne mourraient jamais, puisque la résurrection et le jugement étaient déjà en cours,

3-      Rejetaient la résurrection littérale du corps de Christ et l’existence d’un ciel autre que sur la terre, tout en se disant faiseurs de miracles et capables de parler avec des anges et avec des chrétiens disparus,

4-       Etablirent plusieurs communes de célibats, où ils vivaient ensemble et avaient tout en commun, sous la direction et le contrôle de leurs anciens.  (Stone and Rogers, 1847, pp. 60-61)

Rencontre de Stone et Alexander Campbell

Pendant ce temps, alors que Stone avait le sentiment d’être délaissé et abandonné, il rencontrait Campbell dans le Georgetown, pour concilier leurs efforts. Leurs différences étaient énormes. Alors que Stone tient au nom de Chrétien, le groupe de Campbell portait le nom des Réformateurs ou des Réformateurs baptistes. Stone croyait que le baptême était nécessaire pour le salut, mais pas un signe d’appartenance à l’Eglise, mais Campbell croyait aux deux maximes. Stone n’enseignait pas un processus du salut, mais Campbell prône : La personne doit croire à l’enseignement sur Jésus Christ, il doit se repentir de ses péchés, et il lui faut baptiser. (Stone, 1831, p. 385). En dépit des différences, ils s’unirent dans le seul but de rechercher et de suivre la vérité biblique. Ce fut 7 années avant le déclin de la vie de Stone.

Les esprits se joignent

A l’unification des groupes de Stone et de Campbell, Rogers relatent trois grandes préoccupations :

1-      Ils craignaient que Campbell ne soit pas bien fondé spirituellement, car il semblait que la religion était plus une affaire d’intellect que de foi,

2-      Ils se faisaient du souci sur l’enseignement selon lequel le baptême est pour le pardon des péchés, ce qui risquait de mettre en cause leur propre expérience chrétienne et condamner ceux qui baptisaient les enfants,

3-      Ils ne voyaient pas l’intérêt de prendre le repas du Seigneur chaque premier jour de la semaine. Pour eux cette pratique risquait de rendre le repas routinier et lui faire perdre son sens et ses valeurs. (Mills, 1987, p.67)

Les chrétiens restaient diviser sur bien des doctrines, dont le baptême pour le pardon des péchés. Stone commença alors à publier le mensuel The Christian Messenger dans le souci de prôner l’unité des chrétiens comme notre étoile polaire. Campbell publia aussi The Christian Examiner, pour supporter l’unité chrétienne. L’Eglise n’a jusque-là aucune structure de chef, et les Anciens assumaient son leadership. (Windfred, 1948, pp. 122-123). A cette union, la revue de Campbell cessa, et fut succédée par Evangelist de Water Scott.

Johnson fut un parlementaire, il laissa la politique pour la restauration de l’Eglise. A cet acte, Campbell déclare que Monsieur Johnson saute au-delà de toute couronne humaine (Humble, 1994, p. 33). Johnson et Stone qui étaient de bons amis, rencontrèrent deux autres dirigeants, Racoon John Smith et Samuel Rogers. Après avoir parlé de l’unité, ils convoquèrent une rencontre pendant quatre jours. Et l’appel à l’unité fut lancé par Smith, répondit par Stone qui tendît la main à Smith. Voilà donc l’unité de l’Eglise, avec enthousiasme, pleurs et chants. Malgré cela, des différences restèrent dans des endroits, où l’unité n’a pas été effective. Stone mourut en 1844.

  1. Thomas Campbell (1763-1854)

Il est appelé l’architecte du Mouvement de la Restauration de l’Eglise. Erudit, homme cultivé, théologien, il est l’auteur de certaines réflexions les plus pertinentes du Mouvement. Il ouvrit en 1798 une école à Rich Hill, Irlande, pour augmenter ses revenus, et enseigna pendant neuf ans dans cette ville. Son fils, Alexander grandit aussi dans cette atmosphère d’érudition, où il voyait son père étudier la Bible et chercher dans une concordance les détails des écritures. Ceci marqua Alexander. Et Thomas, détourna des credo des hommes. Pour des raisons de santé, il voyagea en Amérique, avant de faire venir sa famille et commença par prêcher pour les presbytériens. Dès sa première année, il est accusé d’enseigner de fausse doctrine. Le synode porta sept accusations contre lui en vue de voter sa suspension du ministère. Etant donné le synode ne se présentait pas, on l’exhortait de sursoir sur toute activité, ce qu’il accepte avec contre cœur. Le refusant de participer à la vie de l’Eglise, Campbell est exclu définitivement. Il commença alors à réunir avec certains presbytériens chez eux et enseigna que le salut est offert à tous, et que tout le monde peut croire au Seigneur pour être sauvé. Cela génère une réaction étrange. (Doran, 1998, p.5).

Des foules sont intéressées à ses enseignements et ils suscitent un choc terrible regardant ce qui est enseigné traditionnellement. Il supportait que le salut n’exigeait pas une expérience émotionnelle ou mystique, que la foi est une réponse intellectuelle à l’évidence présentée par le Bible. Et à l’annonce que Thomas Campbell laisse la dénomination, une stupéfaction est née, car il était tellement apprécié.  On organisa une réunion là où on passait en revue ce qui est à la base de ce virement, Thomas fit un exposé grandiloquent sur l’expérience mystique, et termine son discours avec cette phrase « Là où la Bible parle, nous parlons ; et là où la Bible reste silencieuse, nous restons silencieux » (McCoy, 1998, pp.101-110). Et les enseignements de Campbell se répandaient de plus en plus.

Le 17 août 1809, fut créée la Christian Association of Washington, une organisation qui vise à promouvoir l’unité de l’Eglise. En ces temps, Thomas Campbell publie un document de 30000 mots prônant : l’unité de l’Eglise, la fraternité chrétienne, les règles de la communion et l’autorité de la Bible. Approuvée par l’association, le texte est paru le 7 Septembre 1809, et est conclue avec cette motto « en matière de foi, unité ; en matière d’opinion, liberté ; en matière de tous, l’amour » (McCoy, 1998, pp. 111-114).

Jusque-là, Campbell ignoraient complètement les efforts de O’Kelly, Stone, Smith, Abner. Il se questionnait sur le baptême des enfants, et c’est à la question d’Alexander, son fils, que sa compréhension fut complète à cette question, acceptant que la Bible n’ait rien enseigné sur le baptême des enfants. Il se mit à pratiquer le baptême par immersion, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et ce fut le 12 Juin 1812, plus tard, qu’il fut lui-même baptisé par un baptiste du nom de Matthias Luce, après 25 ans de ministère de prédicateur presbytérien (ibid).

Il mena un ministère itinérant, enseignant à des groupes de situations sociales différentes, comme des esclaves, et affronta des résistances. Il est devenu aveugle, mais sa famille lit la parole de Dieu pour lui. Il succomba le 4 Janvier 1854.

  1. Alexander Campbell (1788-1866)

De lui, le Président américain, James Madison dit, « il était l’enseignant des écritures le plus doué et le plus original que je n’aie jamais connu » (West, 1990, p.37). Homme très instruit et très estimé de son temps. Il fut parlementaire, auteur de plusieurs lois, de plusieurs hymnes, d’une traduction améliorée du Nouveau Testament. Dès son adolescence, il attendait une certaine révélation de la part de Dieu, telle qu’enseignée par les presbytériens, ce qui ne fut jamais arrivé. Il fut aussi stupéfait de voir ce nombre imposant de Catholiques ne connaissant pas la parole de Dieu vraiment. Il était désigné par son père à être prédicateur. Et ce fut le naufrage de son père qui lui a valu une orientation de sa vie vers le salut des pécheurs. Il était alors formé à l’Université de Glascow où son père a enseigné pendant 25 ans (McCoy, 1998)

Alexander fut du rang d’Ewing qui s’associait aux frères Haldane et qui était prédicateur. Il  discutait avec Robert et James Haldane, Alexander Carson, Roland Hill et John Walker. L’Eglise où prêchait Ewing partageait le repas du Seigneur chaque semaine, exigeait à ses membres de se référer à la Bible comme leur seul guide en matière de foi. On croyait pouvoir restaurer l’Eglise du Nouveau Testament. Malgré des impressions, Alexander n’était pas prêt à abandonner ses croyances, ni l’Eglise où les Campbell étaient membres (ibid).

  1. débats et recherche de vérité

En 1813, les Baptistes appelèrent Alexander Campbell à se joindre à une association, la Redstone Association. Les Campbell ne voulurent pas, mais fut accepté en 1815, avec la promesse de prêcher les Saintes Ecritures sans credo ou formule antérieurement établi. D’ailleurs, ils ont réfuté la Confession de foi de Philadelphie. Campbell devrait affronter Pritchard que le persécuta pendant 7 ans. Il a fini par prêcher à la Convention de l’association, présentant son éminent message différenciant l’Ancien du Nouveau Testament. Il est jugé hérétique (Powell, 1987, p. 92).

On a invité Campbell à débattre publiquement avec John Walker, prédicateur presbytérien. Il a d’abord refusé, pour enfin accepter. Il fut alors convaincu que le débat est un moyen intéressant de traiter les sujets religieux. Commence alors un ministère imprimé. Et 1n 1821, il multiplia ses rencontres, avec surtout des éminents prédicateurs qu’il convainquit et qui enseignent à leur tour. The Christian Baptist est devenu un journal très prisé, où Campbell critique sévèrement des pratiques humaines dans l’Eglise. Nous voulons signaler que Campbell remporta le débat contre Walker (ibid).

A la fin de ce débat, il lança le défi à quiconque veut débattre avec lui. Et W. L. McCalla entendit relever le défi, et le débat a eu lieu à Washington. Campbell affirma à ce débat que le baptême est pour le pardon des péchés et que les enfants n’en ont pas besoin. Alors, il conclut pour dire « J’ai pour ainsi dire autant contre vous, les Baptistes, que contre les presbytériens, car eux ils s’égarent dans une direction et vous dans une autre. Et vous vous trouvez tous à la même distance du Christianisme apostolique des origines » (ibid). Campbell est devenu influent au point que Stone a écrit que le débat lui a permis de comprendre des vérités sur l’essence du baptême.

Campbell a publié une nouvelle traduction de la Bible, en lieu et place de celle du roi Jacques. Ce qui a été apprécié par certains, et brulé par d’autres. Dès lors, la séparation avec les Baptistes est inévitable (McCoy, 1998, pp. 128-143).

Campbell s’opposa à l’écossais Robert Owen en 1829. Leur débat eut lieu à Cincinnati dans l’Ohio. Campbell est devenu de plus en plus célèbre. Owen qui fut socialiste, dit trouver 12 lois dont l’application éliminerait le mariage, la religion et toute propriété privée. Apres 6 jours d’exposés, il propose à Campbell de prendre le reste du temps, qui présente une défense du christianisme en 12 heures. Il conclut par demander à ceux qui croient dans l’expansion de cette religion dans le monde de se mettre debout, la quasi-totalité de la salle est levée, et à ceux qui ne croyaient à la vérité de la religion chrétienne de se lever, seulement 3 personnes se levaient. La victoire était pour Campbell qui défendait la cause évangélique (Walker, 1970, p. 80).

Campbell débâtit ensuite contre John Baptist Purcell, un évêque catholique, ce dernier qui avançait que la Réforme protestante était la source de toute contention et toute infidélité (Powell, 1987, p.119). Campbell fit allusion à Philosophie morale où Alphonse de Liguori cautionne le maintien des concubines. Ce que l’évêque a réfuté avec l’aide d’un savant en littérature. Et un assistant pointa le passage à Campbell qui finit par remporter le débat. Et pendant plusieurs années, l’évêque confesse que c’est « l’homme le plus équilibré qu’il a jamais vu débattre. Il semblait toujours débattre pour la vérité » (ibid).

Le 5e et dernier débat public de Campbell fut avec Nathan L. Rice, pasteur présbytérien à Kentucky, du 15 Novembre au 1er Décembre 1843. Campbell présente une analyse d’Actes 2 :38, attaquant les calvinistes, doctrine qui a fait chasser Stone chez les presbytériens et Smith chez les Baptistes. Il commenta : « les credo sont la racine de l’amertume et les pommes de la discorde » (Philips, 1975, p.73).

  1. les dernières années d’Alexander Campbell

En 1840, Campbell fonda la Bethany College à Virginie, la deuxième université de la Virginie. Les professeurs étaient pour la plupart des érudits de l’Eglise. Et le fonctionnement de l’école dépendait des frais de certains amis riches et connaissances de Campbell. Ce qui aidait au maintien de l’école qui était dans les montagnes, même durant la guerre, alors que d’autres universités ferment leur porte (McCoy, 1998, pp.151-161).

Il voyagea en Grande-Bretagne, visitant l’Ecosse, l’Irlande et l’Angleterre pendant quatre mois. Il fut alors piégés par des visiteurs qui l’accusaient d’esclavagisme, alors qu’il était propriétaire d’esclaves de fait. Il dut les libérer plus tard, bien Charlie a choisi de rester à son service jusqu’à la mort. Il traita des articles contre l’esclavagisme dans le Millennial Harbinger (ibid).

Connaissant plusieurs moments difficiles au soir de sa vie. Son fils était noyé. Il fallait trouver de l’argent pour construire des temples. Sa santé délire. Il prêcha encore, surtout sur la rédemption de l’Eglise. Il présenta son dernier sermon à Bethany, en 1866, sur « Les bénédictions spirituelles en Christ ». Il mourut le 4 mars suivant de pneumonie (ibid).

  1. les apports de Racoon John Smith (1784-)

Homme brillant et naturellement joviale, il fut d’éducation pas très poussée. Sa famille partit dans le Kentucky à la recherche de terrain à prix abordable. Là il fut grandi. A 21 ans, il fut devenu élève de Robert Ferill, qui l’encouragea à se former, et l’invita à s’héberger chez lui. Mais John Smith, ne voulant pas trop abuser de son maitre, emménagea chez son frère. Il développa ses talents de chanteur et de prieur aux rencontres des Baptistes qui se faisaient de maison en maison, et il fut invité à participer à la prédication. Après avoir passé un concours, s’adhéra à la confession de foi de Philadelphie, il est ordonné prédicateur et il prêcha le calvinisme. Apprenant plus tard que l’évangile est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit (Rom 1 :16), et autres vérités, il abandonna le credo humain pour s’adhérer à la restauration de l’Eglise du Nouveau Testament (West, 1990, p. 246).

Smith est invité par improvisation à prendre la parole en Aout 1815 à la réunion annuelle à Crab Ochard, Kentucky. C’était de la stupéfaction, et la foule déambulait, sachant que ce fut un homme peu éduqué. Il fit alors forte impression. Il continua à prêcher et questionner la doctrine calviniste. Il sursoit sur un message, en plein exposé pour dire que nous sommes dans les ténèbres, en rapport au salut. Alors viennent les publications de Alexander Campbell. Il fit en 1824, 30 kilomètres à cheval pour entendre prêcher Campbell, qui sous sa demande, le permit de participer à d’autres conférences et l’expliqua ses expériences religieuses. Conscient de ses erreurs de prédication, il renonça plus tard aux chaines du calvinisme, et rejoint des prédicateurs dans le Kentucky aux efforts de restauration de l’Eglise du Nouveau Testament. A la réunion annuelle de l’association North District des Baptistes, il fut accusé indirectement d’hérésie, et se déclara coupable. Il quitta définitivement les Baptistes l’an prochain et implanta des Eglises et s’abandonna à la prédication. Le succès de son ministère fut vraiment singulier (Shepherd, 1929, p. 225).

 

Conclusion

La réforme a été probablement réalisée une fois pour toute, cependant l’Eglise a toujours eu des scories à épurer. D’ailleurs, le protestantisme n’a jamais été l’idéal des réformateurs. Il y va tout simplement de fait que des interprétations et pratiques diverses sont enregistrées dans la vie de l’Eglise. Il est donc crucial que des voix s’élèvent, question de redorer le blason de ce terrain non fertile dans l’Eglise.

La Restauration, telle qu’elle se présente, ne peut être un mouvement parfait. Elle est préférablement un effort de s’associer le plus possible aux Saintes écritures, question d’en rester le plus fidèle possible. Des traditions viennent dans l’Eglise. C’est l’effet de ces traditions humaines qui ont conduit à l’avare de certains dirigeants de l’Eglise de Rome, Catholique pour le mieux, impliquant les saletés qui ont conduit l’Eglise à ce tohu-bohu, dont il était question quand Luther était monté au créneau pour la bonne cause. Les traditions humaines ne devraient être l’angle autoritaire dans la pratique de l’Eglise. Certaines pratiques sont évangéliques, ne seront jamais bibliques, et de fait, c’est un péché selon l’avis des restaurateurs de les placer avant les écritures saintes, ou de les faire passer égale aux saintes écritures.

Le Mouvement de la Restauration se veut une mouvance où la seule et unique base doctrinale de l’Eglise n’est autre que la Bible. Les credo, les confessions, les catéchismes… ne sont pas autorisés par la Bible. Ce mouvement a contribué à ce que l’on puisse appeler une épuration des pratiques dans la vie de l’Eglise. Nous croyons que ce mouvement doit être enseigné au même rang que les efforts de Zwingli, de Calvin, de Luther et les autres réformateurs, car il a aidé à ne pas s’égarer prétendant être pieux.

Au final, les résultats du Mouvement de Restauration sont des Eglises chrétiennes, telles que préconisés par les tenants du mouvement. Nous croyons que ces efforts ont contribué à l’ajustement des manières de vivre des chrétiens et à l’instauration des Eglises qui cherchent mieux le Seigneur. Il faut dire que ce n’est pas un plaidoyer en faveur de l’Eglise chrétienne, mais c’est préférablement combien les Eglises de différentes dénominations sont impactées et se sont conformées le plus à ce que veut la parole de Dieu. On fait moins de bêtises sachant qu’il y a un rival, si nous osons les appeler ainsi, qui les stimule à se conformer. Nous croyons avoir fermement aujourd’hui, des Eglises baptistes et presbytériennes plus proches des écritures plutôt que de celles des anciens temps. Et personnellement, nous pensons qu’il faut de façon continue une transformation dans l’Eglise, en vue de surveiller nos trébuchements !

Tout à et pour la gloire de Dieu !

 

 

Bibliographie

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